27/02/2008

Genevois et Chênois, ne dites plus "goulet"!

 

Sautera ou sautera pas le « goulet » de Chêne-Bougeries ? Des décennies de controverses à propos de cette partie de l’ancien noyau villageois indûment qualifié de « goulet », un terme hérité sans doute des sixties et de la toute-puissance automobile. Chaque resserrement des voiries alors considéré comme une entrave à la fluidité du trafic des voitures, sur lequel on misait gros. Autres temps, autres mœurs ! Les ingénieurs de la circulation s’évertuent de nos jours à inventer des chicanes en tous genres pour gêner le trafic.

 

Dans ces circonstances le terme de « goulet », pour désigner cette partie du vieux Chêne-Bougeries, est pour le moins vieilli ! Il serait plus correct de parler d’un village-rue dont subsiste deux lignes de maisons villageoises de part et d’autre de la rue de Chêne-Bougeries et une ligne de maison sur le chemin Pont-de-Ville. Perceptible sur les photographies aériennes et a fortiori in situ la valeur d’ensemble de ce « village dans la ville » s’impose d’emblée. L'aménagement de ce village-rue n'a jamais fait l'objet d'une étude historique approfondie; son développement urbain n'est guère connu qu'à travers la confrontation de quelques plans cadastraux. On ne peut exclure l'hypothèse d'une éventuelle planification au XVIIIe siècle qui aurait pu, sur un mode mineur, sous-tendre le développement de Chêne-Bougeries.

Des maisons en maçonnerie sur des socles en roche blanche, à arcs clavés presque plats dégageant des vastes vitrines,- une harmonisation des années 1860 -, se répondent de part et d’autre de la rue principale (traversée par le tramway électrique dès 1880) et forment à ce titre, au nom de la loi Blondel, ce qu’il est convenu d’appeler un ensemble du XIXe siècle ! Un univers villageois au cœur de la ville, univers qui n’aurait demandé qu’à être ripoliné, astiqué, valorisé pour ressembler aux rues carougeoises, desquelles il est contemporain.

 

Au lieu de cela des grands projets pour Chêne-Bougeries qui vont rendre orpheline la ligne de maisons méridionale, lui offrant pour vis-à-vis des immeubles modernes. La condamnation va-t-elle tomber sans appel pour sanctionner le prétendu goulet ? Les Chênois vont-ils sacrifier cet ensemble sur l’autel du trafic et de la densification. Foin alors des demi-mesures et voyons grand: ce n’est point un demi-« goulet » qui est à démolir mais un « goulet » tout entier.

 

 

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25/02/2008

L'Ours de Berne disparu

Enseigne de lOurs de Berne (Blavignac auctions)Le magasin « L’Ours de Berne » occupait depuis un siècle, en face de l’horloge fleurie venue s’implanter bien plus tard, un emplacement stratégique dans un bel immeuble de la fin des années 1850, à l’angle de la place Longemalle et du quai Général Guisan. Ouvert à l’occasion de l’Exposition Nationale de 1896, ce commerce de souvenirs genevois destiné aux touristes vendait des objets typiquement helvétiques: des coucous, des couteaux suisses, des broderies de St-Gall, des objets en bois sculptés de Brienz ...



L’établissement ayant fermé ses portes à la fin de l’année 2007, la collection particulière de l’établissement est passée aux enchères au début du mois de décembre dans la maison de ventes Gaudet et Ding. Le premier week-end de décembre 2007 on pouvait voir dans la véranda de la belle maison Sarasin, une demeure néo-classique des années 1830’, épargnée de justesse par l'érection de Palexpo, le mobilier et la collection particulière de l’Ours de Berne exposés pour y être vendus.



Irréel le spectacle de cette véranda emplie d'éléments de mobilier sculptés en bois dur dans la tradition de l'Oberland bernois, des objets perdus, en quête d'avenir, des ours de toutes tailles, beaucoup d'ours bruns parmi telle console à décor de chamois entourée d’un cadre de sarments et de feuilles de vigne ... ou tel guéridon entièrement sculpté, soit table de fumeur de Brienz représentant un paysan portant une hotte! Un ours debout de 28 cm d’une très belle facture classique de Brienz, un exceptionnel ours portant une carafe en cristal et argent avec 6 verres à liqueur, un ours en colère la gueule ouverte, un ours banneret portant le drapeau suisse, une exceptionnelle petite table avec un ours servant de pied central, une table de fumeur avec une tête d’ours servant de pot à tabac et sur le plateau un petit ours tenant des allumettes, une paire de fauteuils sculptés de Brienz avec un médaillon sculpté d’un ours sur le dossier et les pieds sculptés par deux oursons escaladant des branches. Enfin l'ours enseigne du magasin tenant une hallebarde et un bouclier et vendu en France pour 35.000 frs.

 


Sitôt la clef sous le paillasson, les dépouilles aux enchères! Parce qu'aucun dispositif à ce jour ne permet de sauvegarder des activités, même chevillées à l'histoire du lieu, pas plus que des commerces séculaires, comme l'était l'"Ours de Berne"! Un patrimoine genevois mis à l’encan alors qu’il eût pu intéresser les collections publiques. Une boutique de luxe de plus ouvrira prochainement ses portes à l'emplacement de l'ancien magasin de souvenirs au charme suranné.

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