04/03/2008

Surélever: mais où et comment?

Les députés viennent de voter une loi acceptant d’une part d’ériger des immeubles plus hauts et d’autre part de surélever certains immeubles en Ville de Genève. Le chef du Département des Constructions et des technologies de l’information pavoise et tous les partenaires (Asloca et Patrimoine suisse) seraient contents. On renouerait ainsi peu ou prou avec la tradition genevoise de la surélévation liée aux refuges, lorsque la Genève d’Ancien Régime, embastionnée, ne pouvait imaginer s’accroître autrement qu’en hauteur. Sommes-nous aujourd’hui dans cette même urgence et tous les mètres carrés sont-ils bons à gagner ? C’est la question qu’il convient de se poser.

 

La ceinture fazyste de Genève, malgré les atteintes subies dans les années 1960’ -1970’ , les années du boom économique d’avant le premier krach pétrolier, qu’il est de bon ton de célébrer dans les instituts de Denkmalpflege des hautes écoles d’architecture, la ceinture fazyste, disais-je, qui a pris place sur les terrains libérés des anciennes fortifications, est un joyau dont les Genevois ne mesurent sans doute pas suffisamment le prix. Conçue selon le plan de Léopold Blotnitzki, un émule du Général Dufour, sa construction a été régie par des cahiers de charge rigoureux. On y précisait alors les alignements des façades, les gabarits minima et maxima, l’importance de la saillie des balcons, les matériaux, la pente des toits. Et chaque propriétaire obéissait aux consignes dans l’intérêt général de l’embellissement de cette ville nouvelle, calquée sur le Paris Haussmanien, qui venait prendre place sur le pourtour de la Haute Ville. Ainsi se sont élevés des rues et des boulevards remarquablement homogènes d’une architecture résidentielle élégante et simple, dont subsistent aujourd’hui encore un certain nombre d’exemples intacts.

 

La pression immobilière qui s’exerce à Genève n’est pas un phénomène si nouveau qu’on veut bien le dire et nombreux sont les immeubles de la ceinture fazyste à avoir déjà  payé leur tribut au phénomène. Au registre de l’occupation des combles on ne compte plus les toitures criblées de lucarnes dites de « régisseur » en batterie,  celles percées de petites lucarnes en verre et métal ou de grosses lucarnes en forme de fenêtres de thermes … Pour produire des logements aux qualités parfois discutables ! 

 

Pierre Bullet, architecte du Roy à la fin du XVIIe s., ne disait-il pas à propos des percements en toiture : "Il n'y a pas d'apparence que ceux qui connoissent la bonne Architecture, puissent approuver les lucarnes; car c'est une partie qui est hors d'oeuvre, & qui ne peut entrer dans la composition d'un bâtiment sans en gâter l'ordonnance, sur tout quand elles sont grandes & en nombre; car outre que cet ouvrage est au dessus de l'entablement, & par conséquent hors d'oeuvre,  il est contre la raison qu'il y ait des ouvertures considérables dans la couverture d'un bâtiment; & puisque cette couverture n'est faite que pour mettre la maison à couvert, & qu'il semble qu'il n'est pas raisonnable qu'il y ait des trous dans une couverture, outre ceux qui doivent donner de l'air & du jour dans les greniers, que l'on appelle oeils-de-boeuf et qui ne gâtent point la figure des toits. »

 

Plus délicat est encore l’exercice de la surélévation qui demande doigté et vraie compréhension de l’esprit du bâtiment sur lequel elle va prendre place. Le succès n’est pas toujours au rendez-vous ! Tandis que la surélévation type « refuge » consistait à rajouter des niveaux à colombages sans prétention,  les interventions contemporaines ont parfois rivalisé de singularité et de créativité. Surélévations architecturées en béton ou en bois, étages vitrés surmontant les maçonneries Napoléon III,  étages de cabinotiers à structure métallique,  verre et métal sur socle de pierre ; dialogue dans l’altérité au mieux,  discrépance parfois. Les réussites se comptent sur les doigts de la main.

 

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Commentaires

Genève compte largement assez d'immeubles moches qu'il suffit de raser et reconstruire 4 fois plus haut. Mais loger les gens en ville, ce serait trop écologique, laisser construire serait trop libéral, mettre fin à la crise du logement serait trop social, et construire grand serait trop économique. Bref, une solution largement trop raisonnable pour Genève. Cette ville est perdue, laissz tomber comme le font les Suisses qui désertent la ville depuis 40 ans.

Écrit par : Léo | 04/03/2008

"Sommes-nous aujourd’hui dans cette même urgence et tous les mètres carrés sont-ils bons à gagner ?"

Essayer d'acheter (même a n'importe quel prix) des m2 constructibles à Genève, et vous aurez la réponse.

AF

Écrit par : Alain_Fernal | 04/03/2008

Il faut surtout que les mileiux qui réclament du logement cessent de s'opposer à tous les projets!

J'ai entendu dire que l'ASLOCA et l'extrêm gauche allaient s'opposer à la construction des tours du nouveau quartier de la Praille!

Comment voulez-vous avancer dans un tel foutoir!

Cela revient à dire que trop de démocratie tue la démocratie.

Quelle tristesse de voir cette situation.

Une vraie honte pour tous les partis politiques qui se partagent tous les pouvoirs!

Mais le plus lamentable n'est-il pas l'apatie totale des moutons genevois qui ne cessent de bêler mais qui suivent ces gangs politiques qui volent nos espoirs et pillent nos bulletins de vote.

Quand on voit ces pratiques, ont comprend mieux pourquoi ces bandes mafieuses font tout, y compris le pire, pour écarter du pouvoir ceux qui risquent de casser le jouet des combines politiques.

Bien triste tout ça. Lorsqu'il a fallu rehuaaser toute la ville pour accueillir les huguenots chassés de France, nos ancêtres ne se sont pas posés des questions, ils ont agit dans le sens de l'intérêt commun!

Aujourd'hui il n'y a plus de sens de l'intérêt commun.

c'est à pleurer de voir ça

Écrit par : Georges Ducommun | 05/03/2008

De plus, on se plaint du trafic pendulaire.... il faut bien que le gens logent quelque part ! Si l'on ne construit pas, que ce soit en surélevant des immeubles ou à la campagne en déclassant les terrains cela ne va pas être possible de lutter contre la pollution de l'air ! Car les gens ne veulent qui viennent de loin de veulent pas jouer les boucs émissaires. Mais, surtout il faut 30000 logements et très très vite ! que nous disent les différents partis ? RIEN ! En admettant que l'on construise à la Praille, franchement trouvez-vous que ce soit un joli endroit pour élever des enfants ?

Écrit par : lamentable | 06/03/2008

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