31/03/2008

Un projet digne du prix Prizker

L'architecte français Jean Nouvel, pressenti pour la transformation du Musée d'Art et d'Histoire de Genève, vient de remporter le prix Nobel de l'architecture, le prix Prizker. Créateur au génie indéniable, l'architecte restera à la postérité pour ses grands projets que sont les immeubles Nemausus de Nîmes, l'Institut du Monde arabe et le Musée du quai Branly à Paris, le KKL de Lucerne, le tour Agbar à Barcelone, le Louvre à Abu Dhabi.

2038813473.jpg Mais qui citera au nombre de ses chefs d'oeuvre l'Opéra de Lyon? La transformation menée dans ce cas, outre qu'elle priva le bâtiment ancien de sa substance d'origine et qu'elle dérangea son organisation statique, n'arrache généralement pas au spectateur des cris d'extase. A l'intérieur la pratique des passerelles de caillebotis noires sur fond noir inspire le vertige aux spectateurs des galeries supérieures et les limites de la carcasse Beaux-arts imposent leur étroitesse au nouvel espace surélevé. De dehors la nuit la voûte illuminée signale au loin la présence du bâtiment transformé et lui confère son surnom de grille-pain. Là réside peut-être désormais la principale qualité de l'Opéra de Lyon!

Pourquoi donc s'obstiner à confier à Nouvel la tâche, somme toute ingrate, de remanier un bâtiment Beaux-Arts, dont plusieurs observateurs avertis vantent les mérites intrinsèques? Confiner le démiurge dans l'espace d'une cour intérieure dont il débordera de toutes parts ne satisfera pas plus aux exigences de la sauvegarde qu'à celles de la création. Nouvel, désormais nobelisé de l'architecture, mérite mieux qu'un patio pour exprimer son talent à Genève. Trouvons-lui un terrain où il puisse donner libre cours à son génie et laissons par là-même au bâtiment de Camoletti une chance de survie paisible. 

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29/03/2008

Note de Fuerteventura

73034624.jpgLes Canaries sont connues plus pour leurs plages et leurs cieux cléments que pour leurs richesses artistiques. Fuerteventura la sauvage et la volcanique, paradis des surfeurs, mérite pourtant qu'on la considère aussi sous l'angle de son patrimoine culturel. Des paysages arides façonnés par la lave et l'érosion, semés de broussailles dans lesquelles paissent les chèvres, les habitants ont pourtant réussi à tirer le meilleur parti. L'arrière-pays est constellé de hameaux, à peine des villages, aux petites maisons blanches encadrées de chaînages sombres. Les propriétés sont entourées de murets de petites pierres volcaniques, qui servent aussi à couper le vent. Antigua, Betancuria, Tefia, Sta Ines ... autant des localités historiques, articulées autour d'une église souvent baroque aux naïvetés insulaires d'un pays de bout du monde.

 

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La cathédrale Santa Maria de Betancuria (localité fondée par le Normand Jean de Béthencourt au XVe siècle), reconstruite dans le courant du XVIIe siècle, a des dehors un peu patauds d'église "romane"; un clocher, chaîné de pierres rousses, la jouxte et domine l'entier du village. Le vaisseau comporte trois nefs couvertes de solides charpentes en bois sombre. Le maître autel daté entre 1684 et 1718, entièrement sculpté dans le bois dur, occupe tout le mur de chevet. Sa polychromie et ses dorures enchâssent des peintures de facture naïve et presque inattendues en un lieu si reculé. On attribue l'ouvrage à un maître nommé Francisco Hernandez. 

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Les implantations traditionnelles du centre de l'île contrastent infiniment avec les urbanisations maritimes qui criblent certaines parties des côtes. Là les projets se juxtaposent et se contredisent, sans concertation apparente, dans un esprit de surenchère qui nuit à la beauté des paysages. A Jandia où, dès les années 1960, se développa le tourisme des charters, les anciens équipements, pourtant encore en activité, ont été pris en étau par de nouveaux complexes. L'élégante Casa Atlantica, qui porte difficilement sa quarantaine d'années à cause de ses bétons carbonatés, s'est vue assiégée par un centre commercial dernier cri où l'on trouve, entre les cosmétiques Douglas et les boutiques des marques internationales Diesel and co, la pizzeria-ceveza für deutschen Kunden et un Mac Donald!

Quand bien même l'île comporte de grandes réserves naturelles protégées et le plus grand parc national de l'Espagne, il est à craindre que les appétits des promoteurs ne viennent à bout du paysage naturel et culturel de Fuerteventura. 

 

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15/03/2008

Bientôt les Alpes, banlieue de Shangaï?

 

Dès le temps du Grand Tour, la Suisse fut visitée par l’Europe entière. Elle était le passage obligé des Anglais vers le Sud. De Genève ces derniers s’aventuraient en Suisse centrale, aux abords du Lac des Quatre Cantons, admirant aux aurores le lever du soleil depuis le Rigikulm. Caractérisée par ses montagnes sublimes (les espouvantables montagnes de Madame de Sévigné !), cette Suisse fut abondamment représentée dans les paysages d’Alexandre Calame et de son école ; des montagnes faites mythes, éternellement balayées par des vents tempétueux, bâties de mazots et de chalets en rondins, des montagnes hérissées de sapins, certains, au premier plan, le tronc brisé comme des ruines végétales, totalement pathétiques ! C’était là l’image dominante de ces premières cartes postales de la Suisse que furent les vues peintes par des artistes de renom.

 

Les développements touristiques du tournant du XXe siècle virent naître un mouvement immobilier sans précédent ! Les palaces prirent les Alpes d’assaut et celui du Rigikulm, construit par Eugène Davinet, profana le sommet mythique ! Une conscience du patrimoine et de la beauté paysagère des sites helvétiques prit alors forme sous la plume de Marguerite Burnat-Provins, de Georges de Montenach, de Guillaume Fatio, une majorité d’intellectuels romands, pour défendre les singulières Beautés de la Patrie. Ainsi naquit en 1907 le Heimatschutz, récemment rebaptisé Patrimoine suisse, et ses sections cantonales. Avant que de défendre l’architecture helvétique, il fut bien davantage question de défendre les paysages suisses dans leurs spécificités naturelles contre l’industrialisation hôtelière galopante et l’ « enferrement des Alpes ». La plus grande victoire du Heimatschutz dans ce domaine fut certainement la tardive démolition en 1953 de l’hôtel du Rigikulm au son des toupins et des chants de liesse.

 

Or, peu d’années après l’adoption par l’UNESCO d’une charte sur la diversité culturelle (2001) pour contrer les phénomènes de mondialisation dans le domaine de la culture aussi, que nous propose le grison Köbi Gantenbein dans l’exposition intitulée Die Neuerfindung der Alpen ? De grands projets d’architecture à l’assaut des sites de la haute montagne helvétique ? Afin de bannir belliqueusement cette image de carte postale qui fait toujours la Suisse, et qui, chaque jour, sans qu’on le veuille vraiment, ou surtout faute de l’entretenir et de la cultiver, s’estompe un peu plus. Une image pas vieillie du tout et qu’il faudrait redorer, à l’heure de la priorité donnée à la diversité culturelle, quoi qu’en pensent les promoteurs autant que les offices du tourisme, trop sensibles au tout économique.

 

Qu’on se le dise ! Le redécouverte des Alpes passe certainement davantage par la continuité de sages et respectueux processus, à savoir la protection de ce qui peut encore être protégé : des paysages incomparables, une architecture vernaculaire et des villages uniques au monde ! Savoir jouer délicatement avec ces joyaux d’un paysage culturel exceptionnel demeure une gageure digne d’être relevée par les meilleurs architectes de Suisse et de la planète. Sans quoi les Alpes ne seront bientôt plus que la banlieue de Shangaï!

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13/03/2008

Portes Ouvertes Unité Histoire de l'art

portes ouvertes.doc

L'Unité d'histoire de l'art du Département d'histoire de l'art et de musicologie de la Faculté des Lettres de l'Université de Genève (ouf! que c'est long!)

a le plaisir de vous inviter à une séance de Portes Ouvertes

qui se tiendra le mercredi 2 avril 2008 de 16h00 à 19h00

avec verrée à l'issue dans le

 

Bâtiment des Philosophes (soit ancienne Ecole de Chimie)

Auditoire historique Phil 1 1er étage

 

 

Des professionnels de l'histoire de l'art, issus de l'Université de Genève, se joindront à cette manifestation ouverte aux COLLEGIENS, aux ETUDIANTS DE BACHELOR et de MASTER, ainsi qu'aux anciens de la maison!

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09/03/2008

Entretien et maintenance: "quand deux ou trois Curés se sont succédés"

Jean-Pierre Guillebaud (1805-1888) fut un architecte important de la Genève du XIXe siècle. Auteur de nombreux temples et églises, il fut notamment architecte de la Société économique en charge de l'entretien de bâtiments scolaires et de culte. A ce titre il fut amené à réparer, voire restaurer un certain nombre d'édifices. Les considérations générales qu'il formula à l'occasion de l'intervention qu'il fut amené à faire sur l'église du Grand-Saconnex à la fin des années 1830 sont riches d'enseignement!
"Une église est une propriété publique; la commune paie 1/3 de la dépense pour sa construction et paye l'entretien parce qu'elle en fait particulièrement l'usage. L'église n'est donc point donnée à la commune, mais lui est confiée pour son usage par le Gouvernement ou Administration spéciale à ce commis, doivent veiller à ce que le Monument, cette propriété publique, soit respectée par tout le monde, par la Commune et son Conseil et par le Curé; et à ce qu'elle soit bien entretenue.
J'ai remarqué, au contraire, avec un vif regret, que les monuments, une fois terminés ou réparés, étaient entièrement aux Communes et Curés, qui, par leur manque de goût, par négligence et leur ignorance, les dénaturent, les laissent même aliéner ou travaillent pour ainsi dire à leur préparer une ruine prématuré [...] Il est évident que quand deux, trois Curés se sont succédés dans une église et y ont fait leur fantaisie, assistés d'un Conseil de fabrique et d'un Conseil de Commune, on obtiendra toujours des résultats semblables à ceux que j'ai l'honneur de vous décrire et signaler [...]
Le seul moyen d'y remédier est: Quand il se fait un monument, d'en dresser l'état des lieux très précis et détaillé. De faire faire régulièrement une ou deux visites par année pour constater l'état intact de conservation et d'entretien, et en livrant les monuments aux Communes et autres Administrations, leur faire faire la reconnaissance détaillée du tout et défendre d'y faire aucun changement, nouvelle oeuvre ou décoration non mobile, sans une autorisation spéciale de la Chambre des Travaux publics."

Munis aujourd'hui de nos instances de contrôle que sont la Direction du Patrimoine et sa Commission des Monuments et des Sites ou les associations de protection du patrimoine, sommes-nous pour autant sortis des problèmes d'entretien des bâtiments publics et du phénomène de toute-puissance de certains usagers? Les chutes de corniche ici et l'incurie qui frise l'indécence là apportent toujours de l'eau au moulin de Jean-Pierre Guillebaud!

 

 

 

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08/03/2008

« Brigades Culturelles »

« Brigades Culturelles »

Euro 2008

Projet émanant de la formation continue « Patrimoine et Tourisme »

Université de Genève


Ce projet part du principe qu’il faut diversifier les produits culturels en matière de guidage. Il repose aussi sur le fait que Sport et Culture devraient faire bon ménage. L’Euro 2008 va amener à Genève une affluence de visiteurs inaccoutumée. Une partie de ces visiteurs vont passer quelques jours à Genève. Ce pourrait être l’occasion de mettre au point un concept culturel particulier : les « Brigades Culturelles » de l’Euro 2008.

 

Profitant du tracé piétonnier établi de la gare Cornavin au Stade de Genève et au village de l’Euro au stade du Bout du Monde, il serait aisé d’organiser des stations, dans lesquelles des « guides » effectueraient une permanence. Ils seraient à disposition des visiteurs pour leur prodiguer des explications relatives à des sites majeurs de Genève.

 

Les lieux choisis seraient, soit des monuments de première importance, soit des équipements sportifs susceptibles d’intéresser le public de l’Euro.

 

Ces stations figureraient sur un plan communiqué aux visiteurs à leur arrivée à Genève (Gare, Office du Tourisme, etc) ou mis à disposition sur internet :

 

Ile Rousseau (Monument de Pradier, la rade de Genève, le Jet d’eau),  Tour de l’Ile (Ponts de Bel Air, Château de Genève),  
Mur des Réformateurs (La Rome protestante, Parc des Bastions),  Cathédrale St-Pierre(Aperçu de la Vieille Ville),  Equipements sportifs des Vernets (Patinoire, Piscine, Vélodrome, etc),  Place de Sardaigne, Place du Marché (Eglise Ste-Croix, Vieux Carouge),  Stade de Genève

 

Les Guides des « Brigades Culturelles »

 

1)     se signalent au loin par leur tenue (éventuellement en mascotte de l’Euro) et sont prêts à tenter une expérience innovante

2)     sont polyglottes avec si possible des connaissances en portugais, tchèque et turc

3)     se recrutent parmi l’association des guides, les guides du patrimoine mais aussi les étudiants en histoire et histoire de l’art

4)     sont rémunérés à un tarif qui reste à déterminer

 

Facultatif : Les visiteurs remplissent un questionnaire à chaque étape et reçoivent une récompense en arrivant au Stade de Genève (Chocolat suisse ou autre ; le sponsor reste à trouver)

 

Ce projet a été soumis à l’Office du Tourisme et aux services de Marc Müller en charge de l’organisation de l’Euro 2008. Nous espérons vivement qu’il sera suivi d’effets. Merci de vos réactions et suggestions pour dépoussiérer le guidage à Genève !

 

Leïla el-Wakil,

Directrice « Patrimoine et  Tourisme »


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07/03/2008

Cressy, un quartier neuf au-dessus de nos moyens ?

Ecole primaire de Cressy

 

Usagère intermittente des Bains de Cressy, au demeurant un remarquable complexe de santé, habillé de lamelles de bois roux, projeté par Pierre-Alain Renaud dès 1992, je traverse parfois le nouveau quartier qui s’est développé alentours. Un quartier qui donne envie d’y vivre, de sympathiques immeubles modernes de deux étages sur rez-de-chaussée et un magnifique centre scolaire durable, né dans l’agence Devanthéry § Lamunière. Cette école livrée en 2006 prend une belle place dans la tradition des palais de l’enseignement helvétiques. Surnommés par les auteurs eux-même les Lucioles, les trois bâtiments scolaires restituent au quartier une fois la nuit tombée l’énergie accumulée sous forme de luminescences et d’opalescences d’aurores boréales. Les Lucioles, l’une pour les classes, la seconde pour la salle de gym et la troisième pour l’aula et les cuisines scolaires, sont le cœur palpitant et vivant de Cressy.

Cressy est un quartier neuf, un quartier modèle, planifié dès la fin des années 1990 à cheval sur trois communes (Confignon, Bernex et Onex). On y a convoqué les meilleures agences d’architecture pour y construire des immeubles HBM. De faibles gabarits, pour ainsi dire villageois, de 2 à 3 étages sur rez-de-chaussée ! Chaque immeuble a son caractère et sa couleur ; du jaune au rouge en passant aussi par le blanc ! Un quartier sympathique, où chacun d’entre nous aimerait vivre, un quartier à échelle humaine où les habitants se sont rapidement groupés en association pour défendre leurs intérêts.

Une question se pose pourtant aujourd’hui en regard de la pénurie de logements. Dans le marché immobilier déjà étranglé des années 1990, comment expliquer ce choix d’urbanisation ? Comment excuser la faiblesse des gabarits ? Comment comprendre le gaspillage territorial ? Le quartier de Cressy, quelles que soient ses qualités, n’est-il pas un luxe au-dessus de nos moyens ? N’aurait-il pas mieux valu construire déjà les immeubles hauts de 29 mètres ou davantage que Genève se souhaite aujourd’hui ? Et qu’elle imagine trouver en surélevant les quartiers finis ! A moins qu’on ne pense à présent à gagner dans la surélévation de Cressy-même les m2 supplémentaires qui nous manquent ?

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04/03/2008

Surélever: mais où et comment?

Les députés viennent de voter une loi acceptant d’une part d’ériger des immeubles plus hauts et d’autre part de surélever certains immeubles en Ville de Genève. Le chef du Département des Constructions et des technologies de l’information pavoise et tous les partenaires (Asloca et Patrimoine suisse) seraient contents. On renouerait ainsi peu ou prou avec la tradition genevoise de la surélévation liée aux refuges, lorsque la Genève d’Ancien Régime, embastionnée, ne pouvait imaginer s’accroître autrement qu’en hauteur. Sommes-nous aujourd’hui dans cette même urgence et tous les mètres carrés sont-ils bons à gagner ? C’est la question qu’il convient de se poser.

 

La ceinture fazyste de Genève, malgré les atteintes subies dans les années 1960’ -1970’ , les années du boom économique d’avant le premier krach pétrolier, qu’il est de bon ton de célébrer dans les instituts de Denkmalpflege des hautes écoles d’architecture, la ceinture fazyste, disais-je, qui a pris place sur les terrains libérés des anciennes fortifications, est un joyau dont les Genevois ne mesurent sans doute pas suffisamment le prix. Conçue selon le plan de Léopold Blotnitzki, un émule du Général Dufour, sa construction a été régie par des cahiers de charge rigoureux. On y précisait alors les alignements des façades, les gabarits minima et maxima, l’importance de la saillie des balcons, les matériaux, la pente des toits. Et chaque propriétaire obéissait aux consignes dans l’intérêt général de l’embellissement de cette ville nouvelle, calquée sur le Paris Haussmanien, qui venait prendre place sur le pourtour de la Haute Ville. Ainsi se sont élevés des rues et des boulevards remarquablement homogènes d’une architecture résidentielle élégante et simple, dont subsistent aujourd’hui encore un certain nombre d’exemples intacts.

 

La pression immobilière qui s’exerce à Genève n’est pas un phénomène si nouveau qu’on veut bien le dire et nombreux sont les immeubles de la ceinture fazyste à avoir déjà  payé leur tribut au phénomène. Au registre de l’occupation des combles on ne compte plus les toitures criblées de lucarnes dites de « régisseur » en batterie,  celles percées de petites lucarnes en verre et métal ou de grosses lucarnes en forme de fenêtres de thermes … Pour produire des logements aux qualités parfois discutables ! 

 

Pierre Bullet, architecte du Roy à la fin du XVIIe s., ne disait-il pas à propos des percements en toiture : "Il n'y a pas d'apparence que ceux qui connoissent la bonne Architecture, puissent approuver les lucarnes; car c'est une partie qui est hors d'oeuvre, & qui ne peut entrer dans la composition d'un bâtiment sans en gâter l'ordonnance, sur tout quand elles sont grandes & en nombre; car outre que cet ouvrage est au dessus de l'entablement, & par conséquent hors d'oeuvre,  il est contre la raison qu'il y ait des ouvertures considérables dans la couverture d'un bâtiment; & puisque cette couverture n'est faite que pour mettre la maison à couvert, & qu'il semble qu'il n'est pas raisonnable qu'il y ait des trous dans une couverture, outre ceux qui doivent donner de l'air & du jour dans les greniers, que l'on appelle oeils-de-boeuf et qui ne gâtent point la figure des toits. »

 

Plus délicat est encore l’exercice de la surélévation qui demande doigté et vraie compréhension de l’esprit du bâtiment sur lequel elle va prendre place. Le succès n’est pas toujours au rendez-vous ! Tandis que la surélévation type « refuge » consistait à rajouter des niveaux à colombages sans prétention,  les interventions contemporaines ont parfois rivalisé de singularité et de créativité. Surélévations architecturées en béton ou en bois, étages vitrés surmontant les maçonneries Napoléon III,  étages de cabinotiers à structure métallique,  verre et métal sur socle de pierre ; dialogue dans l’altérité au mieux,  discrépance parfois. Les réussites se comptent sur les doigts de la main.

 

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