29/03/2009

Cet homme nous fut envoyé par le ciel pour rénover l'architecture égarée depuis des siècles

Dave Lüthi et Gaëtan Cassina éditent aux Etudes de Lettres de l'Université de Lausanne un recueil d'articles intitulé La profession d'architecte en Suisse romande (XVIe-XXe siècle). Ce recueil comporte plusieurs contributions d'Isabelle Brunier, Carl Magnusson, Christine Amsler,  Sachiko Mikami, David Ripoll, Dave Lüthi, Nadja Maillard. En espérant vous mettre l'eau à la bouche, je vous livre un aperçu de ma prose intitulé "Cet homme qui nous fut envoyé par le ciel pour rénover l'architecture égarée depuis des siècles" Relecture de quelques cas genevois!


Relire l’histoire de l’architecture genevoise, comme celle de toute autre ville de province, à la lumière des apports internationaux, voilà le propos de cette modeste contribution qui s’inscrit dans le cadre d’une réflexion sur le statut d’architecte en Suisse romande, statut dont, au demeurant même aujourd’hui, les contours ne toujours pas délimités avec discernement. Chacun sait que la profession d’architecte est parmi les professions libérales l’une de celles dont le titre est peu protégé ; nombreux sont ceux qui, du simple dessinateur en bâtiment au diplômé d’une haute école d’architecture, peuvent s’intituler architectes : «  … la profession d’architecte, c’est à la fois une population dont la taille fluctue au fil du temps, une formation professionnelle qui diffère en fonction des cursus individuels accomplis à l’Université, à l’Ecole polytechnique, dans les écoles spécialisées ou en apprentissage « sur le tas » et, enfin, un statut qui varie au gré du fédéralisme à la sauce helvétique. » Dans certains cantons, la qualité d’architecte habilité à déposer des demandes en autorisation de construire n’est pas réellement définie, dans d’autres, elle est liée à l’inscription du mandataire au registre cantonal. A Genève l’architecte doit figurer au registre des mandataires professionnellement qualifiés reconnus par l’Etat ; cela implique généralement la possession d’un diplôme professionnel (Haute école ou école technique), d’une pratique de quelques années et d’une adresse professionnelle dans le canton. On comprend donc que, dans cette nébuleuse qu’est le monde des professionnels de l’architecture, différents rapports hiérarchiques se tissent. Une agence d’architecture de moyenne importance est généralement à elle seule le lieu du métissage des compétences ; dessinateurs, techniciens, projeteurs (ces derniers souvent formés dans une haute école d’architecture) s’y côtoient. Dans ce type de scénario, le patron s’occupe de ramener les mandats qui vont alimenter l’agence et faire travailler ses employés. Le carnet d’adresses est déterminant.

C’est plus particulièrement à étudier ce que l’on peut appeler « la procédure d’appel » d’un architecte étranger et, corollairement, les relations entretenues entre cet étranger et les architectes et corps de métier locaux que s’attache cet article. En effet à plus d’une reprise au cours de leur histoire les Genevois se trouvèrent, pour paraphraser Giorgio Vasari évoquant Filippo Brunelleschi, dans l’attente « d’un homme […] envoyé par le ciel pour rénover l’architecture ». Et la Providence, dans son infinie bonté, exauça à plus d’une reprise leur vœu ! Ainsi plusieurs personnalités traversèrent la sphère genevoise –l’énumération est loin d’être exhaustive- : le parisien Jean-François Blondel pour servir les ambitions du patriciat genevois, le comte Benedetto Alfieri pour sauver de la ruine l’ancienne cathédrale St-Pierre, le Florentin Giovanni Salucci pour satisfaire le goût italien de Jean-Gabriel Eynard, le Lyonnais André Miciol pour dessiner les plans de l’hôtel des Bergues, le plus ancien palace de Suisse, le Prix de Rome Félix-Emmanuel Callet et son ami Jean-Baptiste-Cicéron Lesueur pour mettre en forme les desseins du mécène François Bartholoni. Le concours ou l’appel d’offres international remplaça dès le début du XIXe siècle l’appel personnalisé à telle ou telle célébrité. Cette formule semble avoir fait son apparition en Suisse à l’occasion du processus de réflexion mené par les Genevois en vue de la construction du musée Rath (1819 et 1822); mais au terme de cette consultation internationale, à laquelle participa notamment l’Italien Luigi Bagutti, ce fut pourtant un architecte genevois, Samuel Vaucher, qui remporta la commande. D’autres concours émaillèrent la vie architecturale et plus particulièrement la vie urbaine genevoise : le concours pour l’agrandissement de Genève sur les terrains libérés par les fortifications (1848), le concours pour le monument international de la Réformation, le concours pour la construction des bâtiments de la SDN, duquel Le Corbusier eût pu être l’artiste-providence célébré par Vasari, si le jury auquel appartenait le vieux Victor Horta l’eût préféré à Paul Nénot et Julien Flegenheimer, natifs de Genève et formés à l'Ecole Polytechnique de Zurich, également vainqueurs du concours pour la reconstruction de la gare Cornavin [...]

 

Mais alors que l’architecte étranger fut longtemps recherché et adulé, un réveil identitaire tardif marque Genève de son empreinte. Et lorsque l’occasion se présente ce n’est pas toujours l’architecte venu d’ailleurs que l’on va célébrer comme providentiel ! Récemment, le Romain Massimiliano Fuksas a remporté un concours international pour le réaménagement de la place des Nations (1994), concours lancé sous la législature de Philippe Joye, architecte alors à la tête du Département des Travaux publics du Canton de Genève ; le rejet de ce projet par le peuple marque la désormais palpable complexité des rapports entretenus entre local et étranger, rapports auxquels se mêlent une orgueilleuse conscience de soi et une frilosité teintée de xénophobie. L’actuel débat autour d’un projet « Jean Nouvel » en vue de la rénovation du Musée d’Art et d’Histoire dessiné par Marc Camoletti au début du XXe siècle suscite en ce moment-même beaucoup d’émoi ! A ce renversement de tendances, de très probables explications liées à l’alter-mondialisation, à l’heure où l’étranger se vit comme un monde global et ultra-libéral en opposition avec la sauvegarde des particularismes régionaux.



Commentaires

c'est bien ton blog toujours ausi interessat! :)

Écrit par : Wiki | 07/04/2009

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