27/02/2013

Un pont, un arc, un tunnel?

Beaucoup a déjà été écrit sur la passerelle des Vernets devenue pont Wilsdorf. La notule qui va suivre se propose d'envisager l'objet sous l'angle de sa forme et de son usage et d'une possible symbolique. Ce pont n'est-il qu'un pont? Ce pont est-il un tunnel, ou, pour le dire différemment, un pont couvert? Ou bien est-il un arc, peut-être un arc de triomphe? D'une petite et modeste construction strictement utilitaire, nous voici passés à une installation monumentale qui suscite une réflexion sur les tenants et aboutissants morphologiques et symboliques. Tant il est vrai qu'il était possible de franchir la rivière plus simplement. Or ce n'est pas la frugalité qui a été le mobile à l'origine de l'ouvrage.


Tout le monde se félicite du remplacement de la provisoire passerelle des Vernets, qui avait fini, comme souvent le provisoire à Genève, par durer plusieurs décennies, et dont, en cas de crue de la rivière capricieuse, il fallait condamner l'accès. Ce trait métallique lancé d'une rive à l'autre pour desservir la caserne se frayait discrètement un passage dans la végétation sauvageonne des bords de l'Arve, une précieuse et poétique coulée verte au coeur de la ville.

passerelle des vernets,

L'ouvrage d'art qui a pris place désormais est replet et très fashion victim (un morceau du Nid d'oiseaux à domicile). Il ne se faufile pas, mais s'impose, donnant à voir des courbes pansues qui reflètent l'opulence du mécénat. L'Arve semble cette fois définitivement soumise, la coulée de verdure éradiquée (rassurez-vous! on va la remplacer par un aménagement paysager); les deux monuments classés sis aux abords, à savoir l'Ecole de Médecine et l'ancienne caserne, inféodés. Les attaches du pont, dont on se demande quand même pouquoi il a tant fallu le surélever (en dehors des canoés, point de trafic fluvial à l'horizon), enterrent partiellement un patrimoine du XIXe siècle, dont il n'était pas déraisonnable d'espérer, à cette occasion, une vraie mise en valeur.

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Que le pont soit couvert de la résille de sa structure n'est pas sans nous ramener à la tradition bien helvétique des ponts de bois de Suisse centrale. C'est sans doute très involontaire. Les ponts couverts, comme le célèbre pont de Lucerne (reconstruit à l'identique sitôt après avoir été incendié) permettaient au quidam de circuler à l'abri des intempéries. Ici la "couverture" ajourée est une performance structurelle doublée d'une performance esthétique.   

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Le nouvel ouvrage, qui a remplacé la passerelle, droit dans l'axe de la rue de l'Ecole de Médecine, met en relation optique le siège de Rolex avec la plaine de Plainpalais, d'où, de nuit, on peut voir à distance briller l'enseigne verte en forme de couronne signalétique de la firme horlogère http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/La-nuit-le-pont-H.... Cette enseigne surmonte tel un joyau la couronne que figure à distance la superstructure du pont. L'historien ne peut se défendre d'associer à ce motif, vu de loin, au modèle des arcs de triomphe, qu'ils soient antiques ou révolutionnaires. Ou alors aux entrées éphémères de ville à l'occasion de réceptions royales: ici, cela est clair, nous entrons au pays de Rolex, le quartier des Vernets.

10:15 Publié dans Archi, Patri | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : passerelle des vernets, pont wilsdorf, rolex | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires

Pour ce qui est de la surélévation, j'ai entendu parler d'une crainte quant à une possible crue de l'Arve; Je pense plutôt qu'il s'agissait de faire coïncider l'axe de vision avec le logo géant d'une certaine marque de prestige, qui surtout lorsque l'on franchit le pont de nuit en direction des Vernets, vous saute littéralement aux yeux. :-)

Écrit par : Bernard | 27/02/2013

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