02/02/2014

Penser la tradition / Pratiquer le patrimoine

La commande d’une contribution dans le cadre de Retour d’y voir ouvre sur différents possibles : un article ou un essai en rapport avec les recherches faites ou en cours. Une occasion de sortir du cadre balisé de l’article scientifique standard pour proposer un papier entre ego-histoire et réflexion sur l’histoire de l’architecture, la tradition et la pratique du patrimoine.  L’esquisse repose sur les acquis d’une double formation professionnelle en histoire de l’art et en architecture et une pratique à cheval entre les deux disciplines depuis le début des années 1980. Le phénomène patrimonial est observé à travers le prisme du patrimoine architectural, le plus matériel de toutes les sortes de patrimoines, actuellement noyé dans la brume indéfinissable du patrimoine immatériel. Mon insistance à relever l’aspect pratique de la question patrimoniale vise à prendre le contrepied d’attitudes théoricistes de certains cols blancs de l’histoire de l’art, qui observent le terrain avec commisération[1]. Ceux-là estiment qu’il sied de garder ses distances, qu’il n’y a pas à se salir les mains. Mais le patrimoine ne fait vraiment pas que se penser[2] ; c’est bien au contraire l’action qui le fait exister.



[1] Un de nos collègues romands passionné d’architecture vernaculaire taxe de bouseux les architectes spécialistes de la terre, auxquels appartiennent par exemple les représentants de Craterre, et admoneste de ne point confondre le projet éditorial et le projet de sauvegarde.

[2] Selon le titre éponyme de l’ouvrage de Roland RECHT, Penser le patrimoine. Mise en scène et mise en ordre de l’art, Paris, 1999 ; et aussi Françoise CHOAY, L’allégorie du patrimoine, Paris, 1992 notamment


Inventer un patrimoine

Tandis qu’André Corboz publie en 1968 à Genève son Invention de Carouge, que le même, associé à Jean-Marc Lamunière et André Gubler, sort un Guide d’architecture moderne à Genève en 1969, que Conrad-André Beerli commence à se passionner pour la place du Molard, ce qui aboutira à la publication Rues Basses et Molard : Genève du XIIIe au XXe siècle : les gens, leur quartier, leurs maisons en 1983, Louis Binz professe l’histoire nationale et l’initiation à la paléographie ; il encourage ses étudiants à travailler sur les sources. On pénètre dans la Grande Grotte[3] des Archives d’Etat emplis de respect. Du côté de l’archéologie Charles Bonnet est occupé aux fouilles de St-Ours d’Aoste, du Prieuré de St-Jean et de la Madeleine de Genève ; il nous emmène visiter des chantiers et pratiquer l’archéologie du bâti. A Lausanne, Marcel Grandjean, se distançant des « grands historiens de l’art », selon sa formule, occupe la chaire d’histoire de l’architecture régionale et prend le chemin des archives et du terrain pour documenter au plus près des objets jusque là non étudiés. Ce faisant les ténors du département d’histoire de l’art et de musicologie de l’Université de Genève et de Lausanne, des spécialistes de peinture, se consacrent à l’étude des chefs-d’œuvre internationaux.

Au lendemain de mai 68, dans l’ancienne Ecole d’Architecture de l’Université de Genève (EAUG), éponge de sciences sociales rouge fuchsia, se croisent les influences : tandis que les champions de l’école tessinoise Peppo Brivio et Tita Carloni et l’Italien Italo Insolera distillent dans des auditoires enfumés la quintessence de leur credo architectural, Raymond Reverdin et Christiane Dunand nous entraînent  en Grèce et à Palmyre. Sociologue doublé d’un peintre, Conrad-André Beerli, nous révèle de plus proches horizons. Ayant côtoyé l’Unesco et le Conseil de l’Europe, il se passionne pour le patrimoine genevois, majeur et mineur, qui part en quenouille, faute à trop d’argent, trop de banques … La Vieille Ville, loin d’être gentrifiée, est alors délaissée. Une poignée d’étudiants, au nombre desquels je compte, sont chargés d’étudier un îlot de maisons pas spectaculaires du tout, entre la rue Tabazan et la rue Beauregard, derrière la belle terrasse des immeubles du côté pair de la rue Beauregard. Visites sur place, esquisses, relevés, photos, observations sur le vif, enquêtes auprès des usagers, prise de connaissance et appropriation de l’objet mineur, l’ordinaire de la ville en quelque sorte. Expéditions aux archives pour trouver des sources susceptibles d’éclairer l’objet et son histoire. Croiser la source et l’objet pour construire l’historique. Publication dans une revue pour porter le travail à la connaissance[4]. De ce premier travail d’équipe (laquelle compte notre professeur[5]), travail fondateur de toute une carrière, je demeure reconnaissante. Dans son avant-propos, Beerli résumait les objectifs espérés au-delà de la recherche : «  Un dossier, même fragmentaire, établi par des chercheurs de l’EAUG[6], peut s’avérer d’un poids considérable lors de débats d’une brûlante actualité sur un quartier en voie de transformation. C’est une façon pour un institut universitaire de répondre à ce que la collectivité est en droit d’exiger de lui »[7] . Le vent commence à gonfler les voiles du patrimoine local. Nous mettons la main à la pâte.

Choix du sujet de recherche

Si le choix d’un sujet de recherche demeure une affaire personnelle, différents facteurs peuvent l’influencer. La lame de fond sociale des années 1970 appelle l’action. Le sentiment de responsabilité du chercheur envers la société est un préalable dont on s’est beaucoup déporté depuis. Ancrer la recherche dans la perspective patrimoniale légitime l’histoire de l’art, discipline questionnable quant à son utilité, voire même sa légitimité. Une quarantaine d’années et une grande dérive néo-libérale plus tard, où en est-on ? L’aspect éthique de la recherche est l’objet de beaucoup de questionnements, « … les chercheurs, en tant que citoyens, [… ayant] la responsabilité envers leurs concitoyens de réfléchir de manière critique aux effets sur leur Cité commune des activités de production de connaissance auxquelles ils participent »[8]. Otages conscients ou involontaires, - et c’est vrai aussi des historiens de l’art – les chercheurs participeraient à la « marchandisation de la science » qui, selon plusieurs auteurs et notamment Eric Gall et Jacques Testard[9],  est « la cause principale de la fracture entre science et société. […] Pour faire face aux défis du XXIe siècle, il faut […] refonder notre système de recherche autour d’un nouveau contrat entre science et société, de nouvelles missions et orientations de la recherche et d’une alliance forte entre les acteurs de la recherche publique et la société civile, porteuse de besoins et d’intérêts non marchands. »

La recherche ne serait jamais neutre, de cette neutralité axiologique prônée par Max Weber[10], portant en elle des questionnements personnels et d’époque, et de surcroît rarement totalement éloignée du marché dans le domaine de l’histoire de l’art. Mettre en lumière un artiste méconnu équivaut à faire évoluer sa cote et augmenter sa valeur marchande. Paradoxalement et a contrario jeter un coup de projecteur sur un bâtiment ou un quartier dans la perspective de sa sauvegarde, c’est prévenir sa démolition et, dans des centres villes, où le prix du terrain ne cesse de prendre l’ascenseur, c’est priver son propriétaire de profits potentiels. Protéger le patrimoine architectural revient à porter atteinte à l’intérêt privé au bénéfice de ce que l’on estime être l’intérêt général.  A coup sûr ce n’est pas le chemin le plus rapide pour se faire des amis, trouver des appuis, obtenir de l’argent. Débuter la carrière dans ce bastion d’opposition comporte des risques non négligeables. Quand bien même en 1972 l’Unesco édicte la Convention du Patrimoine mondial[11], conscient « que le patrimoine culturel et le patrimoine naturel sont de plus en plus menacés de destruction non seulement par les causes traditionnelles de dégradation mais encore par l'évolution de la vie sociale et économique qui les aggrave par des phénomènes d'altération ou de destruction encore plus redoutables »,  et constatant « que la dégradation ou la disparition d'un bien du patrimoine culturel et naturel constitue un appauvrissement néfaste du patrimoine de tous les peuples du monde".

Au sortir des études je reçois de la conservatrice du Musée Ariana, le plus important musée de céramique d’Europe, l’alléchante proposition de « faire l’étude historique » du bâtiment[12]. Le remarquable édifice, construit à la demande du collectionneur Gustave Revilliod en hommage à sa mère, a perdu de sa superbe, mais est cependant intact. Le maître d’ouvrage ayant eu la folie des grandeurs, il n’a jamais vraiment été achevé, l’immense hall demeurant orphelin de l’escalier monumental qu’il devait abriter. En cours de recherche j’apprends inopinément qu’un projet de transformation est à l’étude pour transformer l’aile nord en un espace polyvalent (c’était à la mode dans les années 1980) au détriment de la distribution et des décors d’origine. Ce qu’on attend de moi n’est donc pas une étude de nature à informer le projet de restauration-rénovation-transformation, mais une nécrologie ! Le camp de l’histoire de l’art genevoise se scinde : gens de musée d’un côté et conservateurs du patrimoine de l’autre. L’affrontement entre représentants de l’ICOM et partisans de l’ICOMOS se répétera à Genève par la suite[13], les directeurs et conservateurs de musées étant trop enclins à considérer leurs murs comme réceptacles d’intérêt principalement muséographique. Pour celles et ceux qui croient en la « grande famille » des historiens de l’art, il est répréhensible de tenter le moindre pas de côté ; tout écart est subversif. Les voix des représentants du patrimoine et de l’histoire de l’art devraient être à l’unisson. L’affaire de l’Ariana se dénouera cependant au terme d’une votation populaire qui rejette le projet de transformation de l’édifice et avalise le principe de la conservation de ce qui est un des plus anciens musées de Genève, bâtiment cher au cœur des Genevois.                     

Comment réfléchir sur le postulat de Jean Bernatchez établissant que « la science est une activité sous influence : toute puissance instituée cherche à l’instrumentaliser parce qu’elle modèle la vie des individus et des sociétés »[14] ? Nous sommes alors quelques uns à comprendre que la connaissance servie par la rhétorique devient un pouvoir et qu’une certaine instrumentalisation de la recherche peut servir une cause devenue citoyenne, qui rallie largement une population lasse de voir bouleverser sous divers prétextes son cadre de vie, celle de la protection du patrimoine. L’histoire de l’art n’est pas qu’un savoir autonome ; elle prend tout son sens en ce qu’elle permet de documenter, puis d’interpréter l’architecture en vue de sa sauvegarde et de sa valorisation. Il y a actuellement une véritable carence d’études historiques sur le territoire, la ville, la campagne, ses immeubles, ses villas. Le maître mot d’inventaire ouvre des horizons inespérés aux historiens d’art. Le premier pas de l’action réside donc dans la documentation des objets architecturaux permettant de mieux comprendre les lieux et les édifices : études, rapports, voire publications. Le deuxième pas est celui de l’engagement militant, souvent à travers les associations de sauvegarde comme Patrimoine Suisse, autrefois Société d’Art public, et ses petites sœurs, comme le Boulet, Sauvegarde et Progrès, Action Patrimoine vivant, etc. A ce stade l’action consiste à proposer des mesures de protection, édicter des codes de bonne conduite, inculquer les règles de l’art en vue de la restauration, entraver des processus de démolition ou de dénaturation, engager une action politique dans un système de démocratie directe. Les membres des associations de sauvegarde ou de la CMNS[15] ne sont pas habilités toutefois à rectifier les projets indélicats. Combien de fois ai-je entendu en séance : « On ne va tout de même pas lui tenir le crayon ! »

Patrimoine et tradition

Lors de l’Année européenne du patrimoine (1975), c’est l’Europe entière qui se rallie à l’idée de la préservation de ses villes historiques, de son paysage culturel, de ses traditions architecturales ancestrales. Ce qui se joue alors avait sans doute à voir avec le refus d’une modernité sans aménité et sans compromis, la perte des repères. Les « pro patrimoine » expriment un ras-le-bol du changement rapide et de la modernité radicale, qui fait fi du passé et renverse tout sur son passage. Les ultras du Mouvement moderne ont consacré la rupture avec la tradition, prônant que chaque époque doit trouver sa vérité technologique et esthétique propre. Dans un premier temps cette vérité est loin de plaire au public, lequel s’insurge très généralement contre la prolifération du béton, - dont il faut rappeler combien il fut d’abord mal aimé avant d’être finalement reconnu et étudié -, qui remplace les maçonneries traditionnelles et le cortège de savoir-faire représentés par des artisans. L’historiographie récente et la patrimonialisation de l’architecture du Mouvement moderne via la nébuleuse Docomomo[16] ont réussi à estomper des réceptions parfois désastreuses ; à Genève, pour ne prendre que ce cas, la Tour de Rive ou la « cage de verre » de Chantepoulet, récemment restaurée à grands frais, deux ouvrages de Marc-Joseph Saugey, ont, en voyant le jour, suscité beaucoup d’irritation et de quolibets.

Tandis que les lobbies de la technologie lourde, de la préfabrication et de l’industrialisation du bâtiment éloignent les maîtres d’état de métiers traditionnels du chantier, la restauration des monuments les y fait revenir. Mais parfois ces derniers manquent cruellement à l’appel ; certaines professions se sont éteintes, des techniques se sont même perdues. Qui pour réparer un terrazzo abîmé à l’heure du linoleum et des chapes en béton? Qui pour compléter un faux marbre lacunaire à l’époque des peintures synthétiques ? Qui pour tailler encore manuellement les pierres et savoir utiliser le ciseau ou la boucharde ? Qui pour comprendre l’équilibre des forces d’une structure ancienne et pouvoir la réparer dans sa logique technique d’origine ? Des métiers ont disparu qu’il va falloir réapprendre. Denis Guelpa dans Pierres d’achoppement (1984) nous émeut en racontant son apprentissage de sculpteur sur pierre lors du chantier de restauration de l’ancienne cathédrale St-Pierre.

Créé au sein des spécialistes de l’architecture, des beaux-arts et des biens culturels, le champ du « patrimoine » est une planète en pleine expansion dans laquelle des spécialistes de toutes disciplines (sociologues, anthropologues, ethnologues, historiens, historiens de l’art, etc.) se croisent aujourd’hui, que ce soit pour en augmenter et en analyser le stock ou tenter d’expliquer le phénomène. Si le patrimoine des ethnologues dérive des études folkloristes et des « arts et traditions populaires » tellement en vogue au début du XXe siècle, beaucoup de ceux qui s’investissent dans le champ patrimonial au sens large ignorent ce qu’ils pourraient apprendre en termes d’épistémologie de l’histoire de la conservation du patrimoine artistique et architectural. La patrimonialisation au début des années 1980’ de la collection de Georges Amoudruz – des objets du monde rural régional - par le Musée d’ethnographie de Genève, traduit cette manifestation d’intérêt pour un patrimoine ethnographique de proximité et relativement mineur. Par un effet de synecdoque les objets sont préservés pour les usages et les traditions qu’ils recouvrent. Bientôt ce ne seront plus que les usages eux-mêmes qui seront préservés, le patrimoine opérant sa transmutation immatérielle.

                La réévaluation des savoir-faire traditionnels pourrait avoir participé pleinement à l’invention du patrimoine intangible devenu si plein de sens aujourd’hui, puisque considéré tout à la fois comme le « creuset de la diversité culturelle » et le  « garant du développement durable »[17]. Le phénomène de patrimonialisation atteint en effet son apogée avec la création par l’Unesco de la catégorie du patrimoine immatériel[18],  qui sacralise non seulement la réalité des savoir-faire traditionnels, mais aussi des valeurs impalpables comme l’art de vivre, les usages, les coutumes, l’ensemble  de gestes anciens transmis de génération en génération en un lieu et un contexte donnés :  « On entend par “patrimoine culturel immatériel” les pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire - ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associés - que les communautés, les groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel. Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en génération, est recréé en permanence par les communautés et groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire, et leur procure un sentiment d’identité et de continuité, contribuant ainsi à promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine. »

 L’architecture des Modernes aux limites de la patrimonialisation

La fréquentation de nouveaux collègues dans un cycle de Sauvegarde du patrimoine bâti moderne et contemporain à l’Institut d’architecture universitaire de Genève entre 1998 et 2006 m’entraîne de l’architecture du XIXe s. vers celle du XXe s.  Architectes et ingénieurs y admirent les prouesses constructives, la minceur des voiles de béton des stations-service, la hardiesse des piliers en jambages de pont d’UniDufour, toutes choses qui me décillent les yeux. Mais l’architecture moderne, dont on vante principalement les qualités plastiques et les prouesses technologiques, est pétrie de fragilités : la carbonatation du béton est une ostéoporose à la limite du curable. En conservation du patrimoine comme en santé cependant, il n’est pratiquement point de mal qui n’ait son remède. A condition qu’on y mette le prix. Qui donc, dans ce groupe soudé d’enseignants-chercheurs, pour oser penser, puis énoncer qu’un bâtiment vite construit, sans souci de durabilité, aussi admirable soit-il sous d’autres aspects, ne mérite peut-être pas son sauf-conduit pour la postérité ? Quand bien même le sacro-saint principe de la firmitas vitruvienne a été mis à mal, les œuvres sont portées aux nues par idéologie. Aux limites, la patrimonialisation s’acharne à rendre viable des ossatures souffreteuses et pas pensées pour traverser les siècles[19] : des bâtiments sont placés aux soins intensifs ! Comment s’empêcher de penser aux dénonciations faites par Peter Blake[20] dans son ouvrage Form follows fiasco. Why Modern architecture hasn’t worked ?  

A Berlin corollairement les affaires de l’ambassade de Suisse font scandale. Tandis que l’épouse de l’ambassadeur Thomas Bohrer pose à cheval dans le grand salon, l’agence d’architectes Diener & Diener achève en 2001 l'extension du bâtiment néo-classique, propriété de la Confédération helvétique depuis 1919. Miraculeusement épargné par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, le palais de l'architecte berlinois Friedrich Hitzig se dresse encore comme un survivant intact aux pieds du Reichstag dévasté. Un concours sur appel a été lancé en 1995 par la Confédération, pour son aménagement et son extension à des fins d'ambassade. La façade de l'ancien palais néo-classique, régulièrement scandée d'un ordre colossal ionique dans l'entraxe des travées percées de fenêtres régulièrement disposées, pris entre soubassement et corniche, s’augmente alors d'un corps de bâtiment neuf de béton glabre : les niveaux ne règnent pas, les matériaux ne s'accordent pas, les rythmes ne correspondent pas. Le pignon opposé du palais reçoit, quant à lui, une intervention artistique d'Helmut Federle, dans laquelle il faut s'interdire de reconnaître des simulacres de modénature. Bien qu'« embétonné », le vieux palais a, proclame-t-on du côté de Bâle et de Berne, été restauré dans les règles de l'art!

Que penser de cette intervention de sauvegarde (pour autant que telle ait été son intention) ? Que penser de l’œuvre ? La vindicte populaire s’en donne à cœur joie de décrire le croupion de béton, le bunker ou le coffre-fort. A la critique vulgaire répond la critique savante distillée par les spécialistes à même d’expliquer la charge symbolique de cette confrontation entre passé et présent. Pour toutes sortes de raisons, et principalement parce que le savoir-vivre de l’architecture, qui modèle le cadre de vie des êtres humains, implique la reconnaissance du contexte, je suis ouvertement dans le camp de la vox populi ! Je me rappelle une phrase entendue jadis dans les milieux de la sauvegarde : « les architectes sont au patrimoine, ce que les loups sont aux agneaux ». Une visite effectuée en 2011 à l’ambassade de Berlin avec les étudiants du Master avancé en Conservation du patrimoine de l’Unité d’histoire de l’art de Genève met en évidence que les usagers ne sont pas satisfaits du tout.        

Au-delà des limites de la patrimonialisation, c’est la responsabilité de l’histoire de l’architecture qui est en question. Comme le rappelle Roland Recht, « un monument d’architecture pour être compris sollicite d’innombrables savoirs sur les conditions de la commande, l’identité du commanditaire, les données socio-économiques préalables à la construction ; sur la théorie architecturale, les phases de projetation, les techniques constructives, les matériaux utilisés, les capacités de la main d’œuvre employée ; sur les formes sélectionnées au sein d’un vaste répertoire, les raisons de ce choix, sa localisation dans une généalogie plus vaste, - celle de l’architecte ou celle de sa génération ; sur les influences subies par le monument ou à son tour exercées par lui sur une ou plusieurs générations ; sur la réception faite au monument depuis son achèvement, puis au cours des siècles »[21].

Si l’on tient véritablement compte de tout cet éventail de critères d’appréhension / compréhension de l’architecture et avant même que de penser à la fabrication un peu aberrante de ce qu’on appelle aujourd’hui le patrimoine de demain,  quelle architecture s’agit-il de valoriser ? Quels bâtiments promouvoir dans un monde troublé, où s’accroissent les inégalités, les écarts sociaux et de fortune ? Est-il légitime de consacrer des mètres linéaires de bibliothèque aux représentants d’une architecture dont on a pu constater la faillite sociale, technique ou environnementale ? Faut-il inconditionnellement s’extasier devant les hauts faits des stars mondiales, qui constellent indifféremment la planète de gestes architecturaux identiques et dominants, sans même se soucier de la propreté de l’argent et de la politique des régimes commanditaires ? Nouvel Eldorado, les pays du Golfe ne se « travaillent »-ils pas à la manière la grenouille de la Fable de la Fontaine et ne finiront-ils pas comme la « chétive pécore »? Raison et morale, deux vertus actuellement fort peu cotées en bourse, ne devraient-elles pas nous inciter à saluer bien bas les nouvelles tentatives éthiques pour fonder le projet ? Et nous aider à tourner les faisceaux des projecteurs vers des œuvres de plus de justesse et porteuses d’avenir pour l’humanité ?[22]

Changement de terrain de jeux

Etudier, comprendre, « sauver » Hassan Fathy : la chose naît du désir de changement de terrain de jeux. Se tourner vers le pays des origines, une réappropriation symbolique par le biais de la recherche, un service rendu à la patrie !  Enthousiaste est l’élan, mais combien complexe pour ne pas dire désespérante sera l’entreprise. Le changement de terrain implique de repartir de zéro ou presque. Dans ma quête de la recherche juste, choisir d’étudier l’architecte égyptien Hassan Fathy, c’est, pensais-je, entrer dans le monde idéal de l’« architecture appropriée ». Que peut-il y avoir de plus adéquat que de saluer un travail quasi artisanal pour les pauvres[23] de la part d’un homme que ses compatriotes qualifiaient d’ « architecte aux pieds nus » ; une architecture qui repose sur des savoir-faire millénaires et qui collabore avec le milieu, le climat, l’environnement ? Telle est la réputation lisse, que l’essentiel de la littérature spécialisée prête d’une voix presque univoque à l’œuvre et à son créateur[24]. Pourtant, à l’opposé des études hagiographiques, des contributions critiques commencent à poindre pour déboulonner l’idole du monde arabe[25]. Alors d’abord chercher à comprendre et s’abstraire de la polémique qui entoure souvent les grand(e)s.

L’étude approfondie[26] révèle un personnage et un créateur complexe, écartelé entre Orient et Occident, à l’instar de bien des Egyptiens de sa génération. Les Accords de Montreux (1936) coïncident avec sa maturité et se traduisent chez lui comme chez d’autres artistes et intellectuels par l’éclosion d’une profonde fibre patriotique, la recherche des racines, l’ambition de renouer avec le génie du lieu. Corollairement, Fathy plaide pour l’impossible mise à l’écart de la mainmise technologique occidentale et aspire à court-circuiter l’économie de marché pour permettre aux plus pauvres de construire eux-mêmes leur maison. La traditionnelle brique de terre crue lui semble le matériau idoine à partir duquel fonder son projet ; la mise en œuvre serait facile, dix homme peuvent construire une maison.

Adversaire des monstres du Mouvement moderne occidental, Fathy rêve de gommer de l’histoire architecturale et urbaine de l’Egypte l’épisode de la domination franco-britannique. Il aurait fallu repartir d’avant la campagne Napoléon pour retrouver les bases à partir desquelles faire évoluer l’architecture égyptienne vers une architecture « arabe » contemporaine, comme si l’interruption culturelle contre nature de l’épisode colonial n’avait pas eu lieu. Cette position repose sur la notion d’une tradition vivante et en constante évolution sur laquelle appuyer en l’occurrence la création architecturale.  Une telle conception dynamique de « la tradition [qui] est sur le plan social l’équivalent de l’habitude personnelle »[27]  n’exclut pas sa disparition ; lorsqu’une tradition meurt, elle est généralement remplacée par une nouvelle tradition. La nouveauté cependant ne doit pas être gratuite, comme c’est trop souvent le cas, mais elle doit répondre à un changement de circonstances.  Reposant sur une sagesse et un savoir-faire soumis à l’expérience et sédimenté au cours des temps, la tradition serait donc le garde-fou aux innovations intempestives et infondées, de celles qui gâtent et désagrègent le tissu urbain et rural.

Dans son ouvrage Comment les traditions naissent et meurent : la transmission culturelle[28] le philosophe Olivier Morin rejoint Fathy dans sa conception d’une tradition qui ne soit pas une chose morte et fossilisée, mais en constante évolution. Cet ensemble d’usages, de pratiques et de valeurs ou tout apprentissage quel qu’il soit peut se transmettre verticalement ou horizontalement. Toute tradition vivante résulte d’une innovation qui remporte un succès et s’implante.

Fathy a bien compris que garder les traditions vivantes dans l’Egypte du XXe siècle, c’est faire acte de résistance face à l’« américanisation », selon le terme employé alors. La conservation (pour ne pas parler encore de patrimonialisation) des savoir-faire artisanaux est tout à la fois le moyen de perpétuer la tradition et de procurer un avenir à l’architecture égyptienne et arabe ; c’est un garde-fou à l’intrusion étrangère massive et inconsidérée. Le khan du village-modèle de Nouveau Gourna doit abriter les ateliers et le marché des paysans-artisans qui auront été formés dans l’école artisanale. Dans une perspective économique et parce qu’il considère que les savoir-faire artisanaux ont une valeur inestimable, présageant du sens donné par l’Unesco au patrimoine immatériel, Fathy cherche à faire progresser les procédés constructifs artisanaux et traditionnels en améliorant la technologie de la terre crue. A partir des années 1960 il n’aura de cesse de proposer des projets d’instituts folkloriques, de centres culturels ou de villages touristiques basés sur l’inspiration et l’actualisation des modèles et des ressources traditionnelles.  

Patrimonialiser l’œuvre de Hassan Fathy : récit d’un chantier en suspens

Malgré les 4000 km de distance géographique et les années-lumière d’écart des mentalités est-il possible et/ou convient-il de récupérer au moins une méthodologie, d’exporter le début d’un protocole de recherche ? Hassan Fathy peut-il être approché comme les petits maîtres genevois, Samuel Vaucher, Jean-Daniel Blavignac, Léon Bovy ou les premiers couteaux du monde occidental ? Une fois mieux documenté, inventorié et évalué, son travail, que beaucoup s’accordaient déjà à trouver exemplaire, sera-t-il rapidement sauvegardé, selon l’habituelle démarche qui, en Europe, mène en (assez) droite ligne de l’étude des sources et du bâti à la patrimonialisation ?

Conservées à la Rare Books and Special Collections Library and Archives de l’Université Américaine du Caire, les archives trilingues du fonds Hassan Fathy ne sont encore que très partiellement classées et assez peu exploitées. La poussière qui poudre les innombrables boîtes de carton gris nous rebute moins que les documents souvent illisibles qu’on découvre à l’intérieur. Plusieurs voyages - des séjours patients et laborieux - seront nécessaires et plusieurs paires d’yeux[29] pour scruter le contenu de rayons et des tiroirs, sans prétendre pourtant en avoir fait le tour complet. L’éloignement physique du sujet d’études est un handicap.

La recherche aventureuse se poursuit sur le terrain, souvent difficile d’accès, parfois même peu sûr, pour tenter de retrouver des réalisations, pas très anciennes, mais pour part déjà détruites. Tout faire pour visiter les survivantes et être, selon leur état de conservation, attristé ou ébloui. Des excursions inoubliables dans leur étrangeté, sortes de safaris aventureux … au terme desquels, après avoir décliné plusieurs escortes policières, nous découvrons une perle rare, poussiéreuse tout comme les archives, défraîchie, mais encore intacte. L’expérience in situ d’une venustas qui confine à la voluptas confirme une réputation méritée. Harmonie de la partie au tout au sens albertien de concinnitas, l’architecture fathyenne, jouet de la brise et du vent, est parfaitement adaptée à son environnement. Comment parvenir à faire accréditer dans ce Middle South-East le fait qu’elle mérite d’être protégée dans sa matérialité ?

Si, à l’heure de la globalisation et du Patrimoine de l’Humanité, le phénomène de la patrimonialisation semble d’un point de vue occidental être devenu planétaire, il s’en faut de beaucoup que les critères Unesco puissent être appliqués et respectés si aisément de façon universelle. Tandis qu’il ne restera bientôt aucune trace matérielle authentique de la vieille ville de Pékin, une des plus hautes tours du monde est récemment venue piétiner un patrimoine urbain historique et jeter de l’ombre sur la Ka‘aba dans la ville sainte de La Mecque. C’est dire si les chartes, conventions et autres textes issus de l’Unesco, l’ICOMOS, ICROM, toutes ces instances de contrôle quinquagénaires basées entre la France et l’Italie, pays musées du monde, sont peu entendues, peut-être pas connues, ou simplement bafouées par des dirigeants qui ne partagent pas la même vision du monde. Comment dès lors en tant qu’historienne de l’art et « praticienne » du patrimoine, penser et pratiquer le patrimoine dans des terrains rétifs ?

Initiée en 2002 l’étude de Hassan Fathy et de son œuvre rare m’amène à aborder la garde rapprochée du grand homme : ses disciples, ses admirateurs, ses exégètes. L’équipe genevoise prend part à un colloque intitulé Hassan Fathy : The Man and His Legacy qui se tient en mai 2005 à la Bibliotheca Alexandrina. Je présente ma conférence The Unknown Hassan Fathy[30], premier plaidoyer en Egypte en faveur du village-modèle de terre de Nouveau Gourna, illustré de photos récentes faisant état des dégradations et de l’urgence d’entreprendre un sauvetage. L’arcade d’arcs paraboliques du suk[31] est toute effritée et ressemble à une bouche édentée. Plusieurs maisons de brique crue ont été remplacées par des ossatures de béton, remplies de briques cuites. Un mouvement de consternation soulève la salle. Puis-je vraiment ou dois-je, moi qui viens du Near West, me satisfaire de ceux qui affirment que l’important c’est la transmission de l’esprit et non pas celle de l’œuvre dans sa matérialité ? Le questionnement est véritablement fondamental.

Y aurait-il encore quelque chose de (post-)colonial, de paternaliste, à vouloir imposer du dehors des principes de sauvegarde dont les autochtones n’ont cure ? Au Japon, où la conviction en l’authenticité est faible, on reconstruit bien à l’identique des temples de bois de grande ancienneté. Je crois comprendre que la relation des Egyptiens (dont je fais pourtant aussi partie) à leur passé est dominée par le fatalisme, comme l’est leur relation à l’ici-bas. Les résultats d’une réflexion fondée sur des prémisses occidentales sont-ils aisément exportables ? Est-il correct de vouloir les exporter ? Ce va-et-vient d’idées autour du bien-fondé de la patrimonialisation, quel que soit le terrain, m’agitera tout au long de l’entreprise.

Paradoxalement l’Egypte est le pays patrimonial par excellence dans lequel l’Unesco accomplit au début des année 1960 son haut fait fondateur à l’occasion du « sauvetage » des monuments d’Abu Simbel et Philae, démontés et remontés pour être mis hors d’eau lors de la construction du Haut Barrage d’Assouan. Le concept de patrimoine de l’Humanité était né ! Le pays regorge de patrimoine ayant, au sens riegelien[32] du terme, valeur d’ancienneté ou valeur mémorielle. L’Egypte, berceau pharaonique, le plateau de Giza, celui de Saqqara, la zone de Thèbes, Le Caire islamique sont protégés au titre du Patrimoine mondial. Mais qui pour se soucier d’un patrimoine contemporain intelligent et adapté/adaptable, comme l’est celui de Fathy, le Um Kulthum de l’architecture, dans un pays où les urgences sont partout ?

Le Caire moderne, métropole fascinante édifiée par les architectes du monde entier, est un épitomé du monde, où mille influences se métissent avec flamboyance : cités-jardins anglo-saxonnes, cité nouvelle d’Héliopolis, centre ville (post)-haussmanien, jardins d’Azbakiyya, opéra italien, la place circulaire Soliman Pacha, le salon de thé du Tessinois Groppi… et les ouvrages de Hassan Fathy, parmi tant d’autres réalisations contemporaines. En l’absence d’une section Docomomo Egypte[33], je tente de saisir les Comités de protection de l’art pharaonique ou islamique et copte en interjetant des demandes de classement. Administrativement, le patrimoine contemporain ne dépend de personne. L’appareil législatif est inapproprié et, quand il existe, outrepassé moyennant bakchich.

Pourtant, tout essayer pour ébranler les responsables à l’intérieur du pays. Se servir d’un réseau de relations, faire acheminer des courriers, convoquer la presse. Que de missives envoyées aux différents ministères et à la présidence ! Un entretien accordé par l’Intendant Suprême des Antiquités, Zahi Hawass, en ses bureaux de Zamalek. Il est assis derrière un bureau surélevé sur un important podium et domine l’auditoire qui pénètre dans la pièce, une clientèle fournie qui lui présente ses respects en échange de quelque service, faveur ou piston. Je suis au nombre des clients et j’essaie de capter son attention, de lui dire que le monde entier a les yeux rivés sur lui concernant le sauvetage de Nouveau Gourna. « Oui, il est à mon service ; oui, il fera quelque chose », termine-t-il pressé de m’expédier d’où je viens.

Je fonde en février 2008 une association internationale Save the heritage of Hassan Fathy[34], qui a pour but de servir de caisse de résonnance à nos tentatives d’actions de sauvegarde. Plusieurs pétitions internationales et trois « missions » à Nouveau Gourna plus tard,  la Révolution égyptienne étant passée par là, nous sommes toujours pour revenus à la case départ en ce qui concerne la protection de l’œuvre matérielle de Hassan Fathy. L’état du chef-d’œuvre s’est encore détérioré. Les contacts établis par l’Unesco, que j’avais instamment pressé d’intervenir, à la veille de la Révolution, ont été réduits à néant. Mais la messe n’est pas dite ! 



[3]Salle du rez-de-chaussée de la Tour Baudet renfermant alors une partie des Archives d’Etat de Genève.
 

[4] « Recherches sur le tissu urbain historique de Genève. Les rues Tabazan et Beauregard », Habitation, 1974, n° 9, pp. 21- 49

[5] « Il s’agit d’un travail d’équipe dans lequel la contribution permanente du professeur d’histoire de l’art se fond complètement. » Id., p. 12

[6] Acronyme pour Ecole d’Architecture de l’Université de Genève

[7] Ibid., p. 21.

[8] Florence Piron, « La citoyenneté scientifique contre l’économie marchande du savoir. Un enjeu d’éthique publique », Éthique publique [En ligne], vol. 12, n° 1 | 2010, mis en ligne le 10 mai 2011, consulté le 24 mars 2013. URL : http://ethiquepublique.revues.org/240 ; DOI : 10.4000/ethiquepublique.240

[9] Éric Gall et Jacques Testart, « Pour une science citoyenne », Le Monde, 2007.

[10] Max Weber, Essai sur la théorie de la science, Paris, Plon, 1992.

[11] Unesco, Convention du Patrimoine mondial, Paris, 1972.

[12] Voir l’article issu de cette recherche, Leïla el-Wakil, « Les origines du Musée Ariana », Revue du Vieux Genève, 1981, pp. 28-42.

[13] Leïla el-Wakil, Le musée hier et aujourd’hui, In : Musées en mutation : actes du colloque international tenu au Musée d’art et d’histoire de Genève les 11 et 12 mai 2000, Genève, Georg, Musée d’art et d’histoire, Haute école d’art appliqués, 2002, p. 11-13 ; Leïla El-Wakil, « Musées et convenance : exemples helvétiques », Rencontres du Léman : architecture et quotidien du musée, Genève, 19, 20 et 21 juin 2008 / ICOM Suisse, Conseil international des musées, Zurich, ICOM Suisse, 2011

[14] Jean Bernatchez, « La valorisation commerciale de la recherche universitaire. Principes, modalités et enjeux d’éthique publique », Éthique publique [En ligne], vol. 12, n° 1 | 2010, mis en ligne le 10 mai 2011, consulté le 28 décembre 2012. URL : http://ethiquepublique.revues.org/262 ; DOI : 10.4000/ethiquepublique.262

 

[15] Acronyme pour Commission des Monuments, de la Nature et des Sites, commission consultative cantonale chargée de donner un avis sur les interventions concernant des bâtiments classés ou protégés.

[16] Acronyme pour International Committee for Documentation and Conservation of buildings, sites and neibourghouds of the Modern Movement

[17] Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (Paris, 2003). Document en ligne.

[18] Ibid.

[19] Les architectes Julliard, Ador et Bolliger que nous avions rencontrés avec Maurice Besset nous avaient clairement expliqué le plan d’amortissement du Lignon sur 50 ans.

[20] Peter BLAKE, Form follows fiasco. Why Modern architecture hasn’t worked ?, Boston – Toronto, Little Brown, 1977 traduit en français, L'architecture moderne est morte à Saint-Louis (Missouri) le 15 juillet 1972 à 15h 32 ou à peu près..., Paris, Ed. du Moniteur, 1980

[21] Roland RECHT, Penser le patrimoine. Mise en scène et mise en ordre de l’art, Paris, Hazan, 2008 (1999), pp. 17-18

[22] Comme le fait la fondation LOCUS qui finance le Global Award for Sustainable Architecture par exemple.

[23] Hassan FATHY, Construire pour le peuple (1970) ; en anglais Architecture for the Poor (1973)

[24] James STEELE, The Hassan Fathy Collection: A Catalogue of Visual Documents at the Aga Khan Award for Architecture, Genève, Aga Khan Trust for Culture, 1989; An Architecture for People: the Complete Works of Hassan Fathy, 1997, London, Thames and Hudson.  Hassan Fathy, London, St. Martin’s Press, 1998.

RICHARDS, etc.

[25] Panayiota PYLA, "Hassan Fathy Revisited: Postwar Discourses on Science, Development and Vernacular Architecture", Journal of Architectural Education, 60/ 3 (Feb.) 2007, pp. 28-39; "The many lives of New Gourna: alternative histories of model community and their current significance", The Journal of Architecture, 14/ 6, 2009, pp. 715-730, Hana TARAGAN, "Architecture in Fact and Fiction: the Case of the New Gourna Village in Upper Egypt", Muqarnas: An Annual on the Visual Culture of the Islamic World, 1999, 16, pp. 169-178; Timothy MITCHELL, Rule of Experts: Egypt, Techno-politics, Modernity, Berkeley, University of California Press, 2002.

[26] Voir Hassan Fathy dans son temps, ss. la dir. de Leïla el-Wakil, Gollion-Paris, Infolio, 2013

[27] Hassan FATHY, Construire avec le peuple, Histoire d’un village d’Egypte : Gourna, 1996, p. 58

[28] Olivier Morin, Comment les traditions naissent et meurent : la transmission culturelle, Paris, Odile Jacob, 2011

[29] Ce travail fut mené par une équipe comprenant à mes côtés Nadia Radwan, assistante de l’Université de Genève, Camille Abele et Jessica Stevens-Campos, deux étudiantes, le prof. Rémi Baudouï, Ola Seif, conservatrice des collections photographiques, les conservatrices successives du Fonds Hassan Fathy Barbi Bursh Eysselinck et Conchita Anorve-Tschirgi, le personnel de la RBSCLA de AUC.

[30] Cette présentation sera suivie d’un colloque à Cagliari en 2009, Mediterra 2009, 1st Mediterranean Conference on earth architecture, « Un avenir pour Nouveau Gourna », puis à Paris en 2011, UNESCO-LOCUS, Redifining progress: architecture for a new humanism, « Social progress and adequacy in the work of Hassan Fathy »

[31] Suk signifie ici le marché aux denrées alimentaires.

[32] Cf. Alois Riegl, Le culte moderne des monuments. Son essence et sa genèse, trad. par Daniel Wieczorek, avant-propos de Françoise Choay, Paris, Éditions du Seuil, 1984.

[33] Les bases d’une telle section ont été jetées sur ma proposition par un groupe d’architectes et d’historiens européens et égyptiens (notamment Vittoria Capresi, Shaima Ashour, Ralph Bodenstein, Ola Seif, etc.). 

[34] Rachida Teymour en sera la présidente et Nadia Radwan l’indéfectible secrétaire.

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