26/12/2016

A quoi sert le recensement architectural du Canton de Genève (RAC)?

Celles et ceux d'entre vous qui habitent les communes de Versoix, Meyrin, Grand-Saconnex, Vernier auront peut-être vu des équipes de recenseurs arpenter les rues, appareil de photo au poing, carnets en main. C'est que depuis septembre 2015 le Recensement Architectural du Canton (RAC) de Genève a commencé. Pour ce faire on a embauché tout ce que l'Université de Genève avait formé d'historien-nes du patrimoine sur les bancs du Département d'histoire de l'art, de la Sauvegarde du patrimoine bâti et du Master en Conservation du patrimoine. On y a même ajouté des collègues vaudois. Ce sont donc une vingtaine de personnes qui travaillent à ratisser le territoire genevois, à dénicher les perles rares et les documenter.


L'impulsion de ce xeme recensement est venu de la Direction de l'Urbanisme qui a dégagé la manne nécessaire à l'entreprise, des sommes d'argent assez importantes. La chose a démarré sur les chapeaux de roue à la fin de l'été 2015. Les équipes se sont mises au travail: environ un millier de bâtiments à inventorier en quatre mois pour chaque équipe lors de la phase exploratoire. Visites sur place, description détaillée des objets qui retiennent l'attention, étude historique pour en connaître la datation, l'auteur, l'historique. Puis travail d'évaluation, l'étape la plus délicate qui n'arrive en principe qu'en bout de course, lorsque toutes les données possibles ont été réunies sur les bâtiments.

Les résultats du recensement sont ensuite présentés à différents instances pour être validés. Les bâtiments jugés exceptionnels et intéressants sont ceux que le RAC préconise de conserver au titre de patrimoine. Ces évaluations devraient équivaloir respectivement à des mesures de classement ou d'inscription à l'inventaire, c'est-à-dire des mesures de protection. Or, dans les faits, nous sommes assez loin de cette situation idéale. Le classement et la mise à l'inventaire ne s'appliquent malheureusement qu'au compte-goutte et ce sont bien trop d'objets irremplaçables qui passent à la trappe. Dans bien des cas des Plans localisés de quartiers (PLQ) ont déjà été adoptés et, quelles que soient les valeurs octroyées au patrimoine, il paraît difficile de revenir en arrière. Ce qui est navrant. Cela s'appelle mettre la charrue avant les boeufs!

Les Ailes, François Maurice, Cointrin

Ensemble de villas les Ailes de François Maurice (valeur exceptionnelle)

Il semblerait d'une logique implacable que les conclusions de ce recensement soient prises en considération pour développer les plans d'urbanisme. Or on a le sentiment désagréable que c'est le contraire qui s'opère, comme si l'on attendait des historien-ne-s qu'ils cautionnent les destructions des bâtiments dont ils-elles ont relevé l'intérêt. Le RAC survient-il trop tard et dans ce cas pourquoi l'avoir lancé? Dans la conjoncture de fuite en avant inconsidérée et déjà dépassée, ce que tout le monde sait mais personne ne veut s'avouer (on a au moins dix ans de retard dans les projections de croissance et pour s'en convaincre il faut regarder tout ce qui est vacant dans l'immobilier à Genève), un tel travail n'aura de sens que si on accorde aux conclusions des recenseurs l'importance qu'elles méritent. Sinon c'est de l'argent et du temps perdu.

 

 

 

 

 

 

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