13/04/2008

Architecture: faut-il classer la cité du Lignon?

1848822440.jpgLe Lignon, cité pour 10.000 habitants, la cité des cités dans la Genève des années 1960', tout au bout de la ligne du bus 7 de l'époque, si loin de Genève ... On y allait en excursion le jeudi après-midi, comme on allait à Meyrin, autre cité nouvelle avec son centre commercial, sa succursale de l'Uniprix de l'époque et sa Migros toute moderne. Un peu d'Amérique avec ses immeubles-barres, ses gratte-ciel s'offrait à nous dans la périphérie de la vieille Genève! La nouvelle ville-dortoir du Lignon souleva l'étonnement puis l'effroi: deux tours inatteignables par les échelles de pompiers, un bâtiment unique zigzaguant sur un peu plus d'un kilomètre de longueur. Le tout bâti dans un site naturel exceptionnel, offensant le regard des habitants de la zone villas située en contrebas.

Une vieille tante expropriée de sa villa de La Chapelle sur Pinchat, à l'emplacement de laquelle se construirait le bâtiment des TPG au Bachet de Pesay, emménagea un beau jour dans la grande tour du Lignon. Toute la famille se transporta  avec curiosité pour visiter les lieux. Contre toute attente l'appartement était bien distribué, la vue grandiose et il y avait une piscine sur le toit ... Cet ancrage familial de même qu'une suppléance assurée quelques années plus tard dans le cycle d'orientation du Renard, à proximité immédiate de ladite cité, me procurèrent maintes occasions de revenir au Lignon. 

Je me rappelle encore la visite que nous fîmes au Lignon en compagnie de Maurice Besset, un de nos professeurs d'histoire de l'art. Un architecte, peut-être Addor ou Julliard, nous attendait pour nous faire visiter un appartement-témoin de la barre d'un kilomètre de long et nous expliquer le parti urbanistique et architectural, le projet massé n'occupant qu'à peine 10% du paysage arboré, la préfabrication, les appartements traversants, les façades verre et alu. Puis il conclut en disant que l'amortissement avait été prévu sur 50 ans.  Et je me souviens encore de m'être demandé si cela signifiait que les bâtiments pouvaient ensuite être bons à jeter, à l'ère de la toute nouvelle société de consommation, celle des bas nylon, qui filaient si vite! 

Or, à l'heure du développement durable, chacun sait que les bâtiments ne sont pas des biens de consommation périssables, qu'ils doivent être considérés comme des ressources, qu'avant d'envisager les démolir on doit se poser la question de leur survie et de leur adaptation. Très décrié et accusé injustement de trop de maux par certains, le Lignon fut pourtant considéré par les autorités et une majorité d'usagers comme la juste réponse aux problèmes de logement dans les années '60. L'ensemble continue de remplir pleinement cette fonction et pour cette seule raison il mérite d'être entretenu avec respect, dans l'esprit de ses concepteurs. Le classement, mesure de protection extrême, inventée au XIXe siècle pour  sauver des monuments, n'est sans doute pas la plus adéquate des mesures pour protéger le plus grand projet résidentiel jamais construit à Genève. Il semble malheureusement que l'arsenal légal en vigueur ne laisse toutefois pas beaucoup d'autre choix!  

 

 

 

 

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07/04/2008

RECENSER/CONSERVER/TRANSFORMER LE PATRIMOINE

Patrimoine avril 08.pdf

 

Mercredi 9 avril 2008 19h00 - 21h

Auditorium Arditi Place du Cirque

Conférence sur le Patrimoine industriel et ses nouveaux usages

Public et gratuit

Organisé par la Direction du patrimoine et des sites


"La notion de patrimoine industriel dépasse le cadre de la seule approche architecturale pour intégrer les dimensions techniques, sociales et économiques des activités de production. Achevé récemment, le recensement du patrimoine industriel du canton de Genève, qui peut être consulté sur internet, constitue non seulement un outil d’évaluation, mais également un instrument de connaissances.
Quelle contribution cette base de données peut-elle apporter aux nouveaux usages du patrimoine ? Quelle portée économique et
culturelle peut-on lui attribuer ? Comment les récentes interventions architecturales s’inscrivent-elles dans cette problématique ?
Cette manifestation est organisée par le Département des constructions et des technologies de l’information ( DCTI ) et la Fédération des associations d’architectes et d’ingénieurs de Genève ( FAI ) avec le soutien de la Fédération des entreprises romandes Genève, la Fédération genevoise des métiers du bâtiment, la Fondation pour les terrains industriels de Genève, Patrimoine suisse Genève et l’Union industrielle genevoise.

Introduction

Allocution
M. Mark Muller, Conseiller d’État en charge du Département des constructions et des technologies de l’information ( DCTI )

Conférence
Le recensement du patrimoine industriel et ses enjeux
Bénédict Frommel, historien, Direction du patrimoine et des sites ( DCTI ), Pascal Tanari, architecte


Présentation de réalisations architecturales par leurs auteurs


Surélévation et transformation de l’ancienne usine Bosch pour Médecins sans Frontières par Jean-Pierre Golinelli, architecte / Thomas Büchi, ingénieur bois


Transformation de l’ancienne usine de la SIP à Plainpalais par Devanthéry & Lamunière, architectes


Transformation de l’ancienne usine Tavaro et transformation d’une ancienne usine à la rue de la Muse par Ris & Chabloz, architectes


Débat

Apéritif de clôture

www. geneve.ch/patrimoine"
 

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31/03/2008

Un projet digne du prix Prizker

L'architecte français Jean Nouvel, pressenti pour la transformation du Musée d'Art et d'Histoire de Genève, vient de remporter le prix Nobel de l'architecture, le prix Prizker. Créateur au génie indéniable, l'architecte restera à la postérité pour ses grands projets que sont les immeubles Nemausus de Nîmes, l'Institut du Monde arabe et le Musée du quai Branly à Paris, le KKL de Lucerne, le tour Agbar à Barcelone, le Louvre à Abu Dhabi.

2038813473.jpg Mais qui citera au nombre de ses chefs d'oeuvre l'Opéra de Lyon? La transformation menée dans ce cas, outre qu'elle priva le bâtiment ancien de sa substance d'origine et qu'elle dérangea son organisation statique, n'arrache généralement pas au spectateur des cris d'extase. A l'intérieur la pratique des passerelles de caillebotis noires sur fond noir inspire le vertige aux spectateurs des galeries supérieures et les limites de la carcasse Beaux-arts imposent leur étroitesse au nouvel espace surélevé. De dehors la nuit la voûte illuminée signale au loin la présence du bâtiment transformé et lui confère son surnom de grille-pain. Là réside peut-être désormais la principale qualité de l'Opéra de Lyon!

Pourquoi donc s'obstiner à confier à Nouvel la tâche, somme toute ingrate, de remanier un bâtiment Beaux-Arts, dont plusieurs observateurs avertis vantent les mérites intrinsèques? Confiner le démiurge dans l'espace d'une cour intérieure dont il débordera de toutes parts ne satisfera pas plus aux exigences de la sauvegarde qu'à celles de la création. Nouvel, désormais nobelisé de l'architecture, mérite mieux qu'un patio pour exprimer son talent à Genève. Trouvons-lui un terrain où il puisse donner libre cours à son génie et laissons par là-même au bâtiment de Camoletti une chance de survie paisible. 

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29/03/2008

Note de Fuerteventura

73034624.jpgLes Canaries sont connues plus pour leurs plages et leurs cieux cléments que pour leurs richesses artistiques. Fuerteventura la sauvage et la volcanique, paradis des surfeurs, mérite pourtant qu'on la considère aussi sous l'angle de son patrimoine culturel. Des paysages arides façonnés par la lave et l'érosion, semés de broussailles dans lesquelles paissent les chèvres, les habitants ont pourtant réussi à tirer le meilleur parti. L'arrière-pays est constellé de hameaux, à peine des villages, aux petites maisons blanches encadrées de chaînages sombres. Les propriétés sont entourées de murets de petites pierres volcaniques, qui servent aussi à couper le vent. Antigua, Betancuria, Tefia, Sta Ines ... autant des localités historiques, articulées autour d'une église souvent baroque aux naïvetés insulaires d'un pays de bout du monde.

 

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La cathédrale Santa Maria de Betancuria (localité fondée par le Normand Jean de Béthencourt au XVe siècle), reconstruite dans le courant du XVIIe siècle, a des dehors un peu patauds d'église "romane"; un clocher, chaîné de pierres rousses, la jouxte et domine l'entier du village. Le vaisseau comporte trois nefs couvertes de solides charpentes en bois sombre. Le maître autel daté entre 1684 et 1718, entièrement sculpté dans le bois dur, occupe tout le mur de chevet. Sa polychromie et ses dorures enchâssent des peintures de facture naïve et presque inattendues en un lieu si reculé. On attribue l'ouvrage à un maître nommé Francisco Hernandez. 

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Les implantations traditionnelles du centre de l'île contrastent infiniment avec les urbanisations maritimes qui criblent certaines parties des côtes. Là les projets se juxtaposent et se contredisent, sans concertation apparente, dans un esprit de surenchère qui nuit à la beauté des paysages. A Jandia où, dès les années 1960, se développa le tourisme des charters, les anciens équipements, pourtant encore en activité, ont été pris en étau par de nouveaux complexes. L'élégante Casa Atlantica, qui porte difficilement sa quarantaine d'années à cause de ses bétons carbonatés, s'est vue assiégée par un centre commercial dernier cri où l'on trouve, entre les cosmétiques Douglas et les boutiques des marques internationales Diesel and co, la pizzeria-ceveza für deutschen Kunden et un Mac Donald!

Quand bien même l'île comporte de grandes réserves naturelles protégées et le plus grand parc national de l'Espagne, il est à craindre que les appétits des promoteurs ne viennent à bout du paysage naturel et culturel de Fuerteventura. 

 

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15/03/2008

Bientôt les Alpes, banlieue de Shangaï?

 

Dès le temps du Grand Tour, la Suisse fut visitée par l’Europe entière. Elle était le passage obligé des Anglais vers le Sud. De Genève ces derniers s’aventuraient en Suisse centrale, aux abords du Lac des Quatre Cantons, admirant aux aurores le lever du soleil depuis le Rigikulm. Caractérisée par ses montagnes sublimes (les espouvantables montagnes de Madame de Sévigné !), cette Suisse fut abondamment représentée dans les paysages d’Alexandre Calame et de son école ; des montagnes faites mythes, éternellement balayées par des vents tempétueux, bâties de mazots et de chalets en rondins, des montagnes hérissées de sapins, certains, au premier plan, le tronc brisé comme des ruines végétales, totalement pathétiques ! C’était là l’image dominante de ces premières cartes postales de la Suisse que furent les vues peintes par des artistes de renom.

 

Les développements touristiques du tournant du XXe siècle virent naître un mouvement immobilier sans précédent ! Les palaces prirent les Alpes d’assaut et celui du Rigikulm, construit par Eugène Davinet, profana le sommet mythique ! Une conscience du patrimoine et de la beauté paysagère des sites helvétiques prit alors forme sous la plume de Marguerite Burnat-Provins, de Georges de Montenach, de Guillaume Fatio, une majorité d’intellectuels romands, pour défendre les singulières Beautés de la Patrie. Ainsi naquit en 1907 le Heimatschutz, récemment rebaptisé Patrimoine suisse, et ses sections cantonales. Avant que de défendre l’architecture helvétique, il fut bien davantage question de défendre les paysages suisses dans leurs spécificités naturelles contre l’industrialisation hôtelière galopante et l’ « enferrement des Alpes ». La plus grande victoire du Heimatschutz dans ce domaine fut certainement la tardive démolition en 1953 de l’hôtel du Rigikulm au son des toupins et des chants de liesse.

 

Or, peu d’années après l’adoption par l’UNESCO d’une charte sur la diversité culturelle (2001) pour contrer les phénomènes de mondialisation dans le domaine de la culture aussi, que nous propose le grison Köbi Gantenbein dans l’exposition intitulée Die Neuerfindung der Alpen ? De grands projets d’architecture à l’assaut des sites de la haute montagne helvétique ? Afin de bannir belliqueusement cette image de carte postale qui fait toujours la Suisse, et qui, chaque jour, sans qu’on le veuille vraiment, ou surtout faute de l’entretenir et de la cultiver, s’estompe un peu plus. Une image pas vieillie du tout et qu’il faudrait redorer, à l’heure de la priorité donnée à la diversité culturelle, quoi qu’en pensent les promoteurs autant que les offices du tourisme, trop sensibles au tout économique.

 

Qu’on se le dise ! Le redécouverte des Alpes passe certainement davantage par la continuité de sages et respectueux processus, à savoir la protection de ce qui peut encore être protégé : des paysages incomparables, une architecture vernaculaire et des villages uniques au monde ! Savoir jouer délicatement avec ces joyaux d’un paysage culturel exceptionnel demeure une gageure digne d’être relevée par les meilleurs architectes de Suisse et de la planète. Sans quoi les Alpes ne seront bientôt plus que la banlieue de Shangaï!

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07/03/2008

Cressy, un quartier neuf au-dessus de nos moyens ?

Ecole primaire de Cressy

 

Usagère intermittente des Bains de Cressy, au demeurant un remarquable complexe de santé, habillé de lamelles de bois roux, projeté par Pierre-Alain Renaud dès 1992, je traverse parfois le nouveau quartier qui s’est développé alentours. Un quartier qui donne envie d’y vivre, de sympathiques immeubles modernes de deux étages sur rez-de-chaussée et un magnifique centre scolaire durable, né dans l’agence Devanthéry § Lamunière. Cette école livrée en 2006 prend une belle place dans la tradition des palais de l’enseignement helvétiques. Surnommés par les auteurs eux-même les Lucioles, les trois bâtiments scolaires restituent au quartier une fois la nuit tombée l’énergie accumulée sous forme de luminescences et d’opalescences d’aurores boréales. Les Lucioles, l’une pour les classes, la seconde pour la salle de gym et la troisième pour l’aula et les cuisines scolaires, sont le cœur palpitant et vivant de Cressy.

Cressy est un quartier neuf, un quartier modèle, planifié dès la fin des années 1990 à cheval sur trois communes (Confignon, Bernex et Onex). On y a convoqué les meilleures agences d’architecture pour y construire des immeubles HBM. De faibles gabarits, pour ainsi dire villageois, de 2 à 3 étages sur rez-de-chaussée ! Chaque immeuble a son caractère et sa couleur ; du jaune au rouge en passant aussi par le blanc ! Un quartier sympathique, où chacun d’entre nous aimerait vivre, un quartier à échelle humaine où les habitants se sont rapidement groupés en association pour défendre leurs intérêts.

Une question se pose pourtant aujourd’hui en regard de la pénurie de logements. Dans le marché immobilier déjà étranglé des années 1990, comment expliquer ce choix d’urbanisation ? Comment excuser la faiblesse des gabarits ? Comment comprendre le gaspillage territorial ? Le quartier de Cressy, quelles que soient ses qualités, n’est-il pas un luxe au-dessus de nos moyens ? N’aurait-il pas mieux valu construire déjà les immeubles hauts de 29 mètres ou davantage que Genève se souhaite aujourd’hui ? Et qu’elle imagine trouver en surélevant les quartiers finis ! A moins qu’on ne pense à présent à gagner dans la surélévation de Cressy-même les m2 supplémentaires qui nous manquent ?

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