31/05/2008

Le plus ancien amphithéâtre de Genève

L'ancienne école de Chimie, rebaptisée Bâtiment des Philosophes, du nom du boulevard qu'elle borde et depuis que les littéraires de l'Université de Genève s'y  sont installés, conserve encore son grand amphithéâtre d'origine. Cette importante pièce de la maison est toujours en usage pour les cours magistraux. Récemment elle a abrité la leçon d'adieu du professeur Mauro Natale, pleine à craquer pour la circonstance de tout ce que Genève compte d'historiens de l'art  et de gens de musées de place, désireux de rendre hommage à la tradition savante du connoisseurship, devenue genevoise depuis le professorat de Marcel Roethlisberger et poursuivie par notre jeune et brillant collègue, Frédéric Elsig.

Usé par plus d'un siècle de services ininterrompus, l'amphi de bois sombre craque de toutes ses jointures et trahit tant le retardataire qui essaie de s'installer en catimini que l'auditeur pressé de s'esquiver avant l'heure. L'entretien de la salle, comme l'entretien du bâtiment tout entier, laisse à désirer, même si l'on vient d'équiper le lieu des moyens de projection modernes (beamer, DVD, etc.), en principe au service des enseignants, à moins que ce ne soit le contraire! La technologie des éclairages et de l'obscurcissement de la salle, commandée par un tableau de bord digne d'un paquebot d'après-guerre, aux multiples et énigmatiques boutons et manettes, ne révèle au commandant ses secrets qu'après un long et patient apprentissage.

Le grand amphithéâtre est accessible depuis l'imposant palier supérieur de l'escalier d'honneur du bâtiment, garni de colonnes et de balustrades et décoré de faux marbres. Une porte monumentale s'ouvre sur deux petits escaliers latéraux jumeaux, qui dissimulent la vue de la salle et qu'il faut d'abord gravir, avant de parvenir aux gradins qui s'échelonnent rapidement et desservent les longs bancs à placet mobile qui hébergent, plus ou moins comfortablement, les postérieurs des ouailles. Le professeur est debout dans la fosse derrière un pupitre apocryphe muni d'un micro moderne.

Malgré ses imperfections actuelles, liées à son grand âge, le grand amphi alias Phil I est une salle dont il faut assurer la sauvegarde. Il s'agit en effet du plus ancien amphithéâtre universitaire genevois encore conservé dans un état qui est pratiquement celui d'origine, ce qui lui confère indiscutablement une valeur historique au sens riegelien du terme. L'auguste lieu a de plus conservé son usage, et, moyennant une restauration intelligente et sensible, nul doute qu'il puisse continuer d'offrir de bons et loyaux services aux générations à venir ... et même de rivaliser par son cachet remis en valeur avec les amphis de dernière génération d'UniDufour et d'UniMail.    

 

 

 

 

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23/05/2008

Sir Norman Foster: un salutaire regard étranger

43042132.jpgOn pouvait lire dans les quotidiens locaux il y a de cela quelques semaines, que Sir Norman Foster, nouveau seigneur du château de Vincy (Vaud), s'inquiétait pour l'avenir des paysages lémaniques et particulièrement genevois. [Le blog Metropolgeneve édité par la Tribune a repris l'interview publiée par 24 Heures]

Formé à l'Ecole d'Architecture de l'Université de Manchester, puis à Yale, il crée le Team 4, avec Richard Rogers notamment, avant d'ouvrir sa propre agence, Foster's Associates à Londres en 1967. Connu pour une production résolument inscrite dans le XXe siècle, l'auteur de la reconstruction du Parlement allemand dans l'ancien Reichstag de Berlin et du viaduc de Millau, médaillé et internationalement reconnu, exprime publiquement ses craintes quant à l'urbanisation galopante et pas toujours concertée des pourtours du lac Léman, une des régions idylliques au monde, ce qu'oublient trop fréquemment les habitants qui fréquentent quotidiennement ce paradis, pas encore tout à fait perdu!

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10/05/2008

Le cimetière anglais de Malaga

 

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Dans le quartier de Malagueta (à l’est de la ville de Malaga), un quartier de villégiature balnéaire qui s’est développé à la fin du XIXe siècle, on trouve encore, en voie de réaffectation, un ancien palace néo-mudéjar, transformé en palais de justice, un grand complexe résidentiel du début du XXe siècle d’allure classique, toujours habité. A l’arrière, ce qui au premier abord passe pour un parc un peu désordonné, entouré d’une grille envahie de bougainvilliers et d’hibiscus.

 

A l’angle sud-ouest du parc une loge d’entrée dans un style gothique victorien est gardée par deux lions sert aujourd’hui d’abri à la surveillante, une vieille lady britannique, qui tient boutique, vend des cartes postales et des citrons et fait un commentaire détaillé de l’histoire du lieu. Cette poche de verdure en broussailles est le premier cimetière britannique, édifié sur le sol espagnol en 1831, à l’intention des ressortissants britanniques et de tout pratiquant de confession autre que catholique-romaine, jusque là incinérés sur le bord de la plage. Le Consul britannique William Mark obtint en 1829 la concession de ce terrain par le gouverneur de Malaga.

 

Le terrain, en forte pente, fut aménagé comme un jardin botanique dans lequel les riverains pourraient venir se reposer: des espèces rares furent plantées. De la loge d'entrée, le chemin grimpe en direction d’une première esplanade sur laquelle prend place le « lodge-temple » (1836), de pierre rouge à colonnes doriques, dessiné dans le plus pur style palladien. De là, l’ascension continue en direction du sommet du cimetière, où gisent, parmi d’autres, les tombes couvertes de coquillages de jeunes enfants.1504831746.JPG

 

La variété des types de monuments funéraires évoque les divers styles classiques et gothiques. On trouve des obélisques, des colonnes tronquées et des urnes, des faces voilées, et les si particulières tombes recouvertes de coquillages.

 

Ce jardin des morts est à l’abandon et certains monuments sont au bord de la ruine. La luxuriante végétation méditerranéenne, qu’aucun jardinier n’a plus guère taillée depuis des décennies, envahit les allées et renverse les vieilles pierres fragiles. Le cimetière demeure cependant pour les riverains un nostalgique havre de verdure. On ne peut que souhaiter que dans la prospère ville de Malaga, qui remet vigoureusement debout son patrimoine architectural et paysager, on décide bientôt d’injecter un peu d’argent à la réhabilitation de l’exceptionnel cimetière anglais de Malaga.

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06/04/2008

Sauver Nouveau Gourna

1547416355.jpgUne Association internationale, Save the Heritage of Hassan Fathy, s'est récemment constituée à Genève pour tenter de sauvegarder le village de Nouveau Gourna, sur la rive ouest de Louxor en Egypte. Bien que Hassan Fathy, l'auteur de cette réalisation, soit l'architecte égyptien contemporain le mieux connu au monde, plusieurs de ses réalisations sont actuellement en grand danger. C'est le cas du village de nouveau Gourna, réalisé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, négligé depuis et soumis aux bouleversements considérables récemment entrepris à Louxor.

Ce village de Nouveau Gourna a été pour Hassan Fathy l'occasion de développer en Egypte une expérience totalement à contre-courant dans le contexte de l'avènement du Mouvement moderne occidental. Fermement opposé aux technologies lourdes, coûteuses et inadaptées au climat saharien, Fathy a préconisé pour la construction de ce village le retour à la technologie traditionnelle de la brique de terre crue. Cette expérience, controversée pour diverses raisons en Egypte dès le moment de sa mise en oeuvre, a cependant été connue et saluée dans le monde entier.

L'ouvrage de Hassan Fathy qui relate l'histoire de cette entreprise, Construire avec le peuple (1971 en français), a été publié dans plusieurs langues et continue d'avoir une portée considérable dans les pays émergents et auprès des partisans d'une architecture du développement durable. Or, ce faisant, le village de Nouveau Gourna n'est bientôt plus que l'ombre de lui-même. Des bâtiments ont disparus, certains ont été remplacés par des constructions à ossature béton, ceux qui subsistent sont fissurés et menacent ruine à l'exception du théâtre, de la mosquée et d'une ou deux maisons privées.

La communauté internationale s'insurge contre cette situation et les principaux laboratoires internationaux de l'architecture de terre ont déjà rejoint l'Association Save the Heritage of Hassan Fathy.  L'UNESCO, Docomomo sont alertés de même que plusieurs personnalités égyptiennes. Nous avons besoin de votre soutien aussi pour sauver Nouveau Gourna et les autres réalisations de grand intérêt de Hassan Fathy, personnalité majeure de l'architecture contemporaine par son oeuvre bâti et la justesse de sa pensée.

Vous trouverez des informations supplémentaires à l'adresse de notre blog:

http://fathyheritage.over-blog.com/

et nous vous remercions d'avance de votre adhésion à notre association.

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09/03/2008

Entretien et maintenance: "quand deux ou trois Curés se sont succédés"

Jean-Pierre Guillebaud (1805-1888) fut un architecte important de la Genève du XIXe siècle. Auteur de nombreux temples et églises, il fut notamment architecte de la Société économique en charge de l'entretien de bâtiments scolaires et de culte. A ce titre il fut amené à réparer, voire restaurer un certain nombre d'édifices. Les considérations générales qu'il formula à l'occasion de l'intervention qu'il fut amené à faire sur l'église du Grand-Saconnex à la fin des années 1830 sont riches d'enseignement!
"Une église est une propriété publique; la commune paie 1/3 de la dépense pour sa construction et paye l'entretien parce qu'elle en fait particulièrement l'usage. L'église n'est donc point donnée à la commune, mais lui est confiée pour son usage par le Gouvernement ou Administration spéciale à ce commis, doivent veiller à ce que le Monument, cette propriété publique, soit respectée par tout le monde, par la Commune et son Conseil et par le Curé; et à ce qu'elle soit bien entretenue.
J'ai remarqué, au contraire, avec un vif regret, que les monuments, une fois terminés ou réparés, étaient entièrement aux Communes et Curés, qui, par leur manque de goût, par négligence et leur ignorance, les dénaturent, les laissent même aliéner ou travaillent pour ainsi dire à leur préparer une ruine prématuré [...] Il est évident que quand deux, trois Curés se sont succédés dans une église et y ont fait leur fantaisie, assistés d'un Conseil de fabrique et d'un Conseil de Commune, on obtiendra toujours des résultats semblables à ceux que j'ai l'honneur de vous décrire et signaler [...]
Le seul moyen d'y remédier est: Quand il se fait un monument, d'en dresser l'état des lieux très précis et détaillé. De faire faire régulièrement une ou deux visites par année pour constater l'état intact de conservation et d'entretien, et en livrant les monuments aux Communes et autres Administrations, leur faire faire la reconnaissance détaillée du tout et défendre d'y faire aucun changement, nouvelle oeuvre ou décoration non mobile, sans une autorisation spéciale de la Chambre des Travaux publics."

Munis aujourd'hui de nos instances de contrôle que sont la Direction du Patrimoine et sa Commission des Monuments et des Sites ou les associations de protection du patrimoine, sommes-nous pour autant sortis des problèmes d'entretien des bâtiments publics et du phénomène de toute-puissance de certains usagers? Les chutes de corniche ici et l'incurie qui frise l'indécence là apportent toujours de l'eau au moulin de Jean-Pierre Guillebaud!

 

 

 

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08/03/2008

« Brigades Culturelles »

« Brigades Culturelles »

Euro 2008

Projet émanant de la formation continue « Patrimoine et Tourisme »

Université de Genève


Ce projet part du principe qu’il faut diversifier les produits culturels en matière de guidage. Il repose aussi sur le fait que Sport et Culture devraient faire bon ménage. L’Euro 2008 va amener à Genève une affluence de visiteurs inaccoutumée. Une partie de ces visiteurs vont passer quelques jours à Genève. Ce pourrait être l’occasion de mettre au point un concept culturel particulier : les « Brigades Culturelles » de l’Euro 2008.

 

Profitant du tracé piétonnier établi de la gare Cornavin au Stade de Genève et au village de l’Euro au stade du Bout du Monde, il serait aisé d’organiser des stations, dans lesquelles des « guides » effectueraient une permanence. Ils seraient à disposition des visiteurs pour leur prodiguer des explications relatives à des sites majeurs de Genève.

 

Les lieux choisis seraient, soit des monuments de première importance, soit des équipements sportifs susceptibles d’intéresser le public de l’Euro.

 

Ces stations figureraient sur un plan communiqué aux visiteurs à leur arrivée à Genève (Gare, Office du Tourisme, etc) ou mis à disposition sur internet :

 

Ile Rousseau (Monument de Pradier, la rade de Genève, le Jet d’eau),  Tour de l’Ile (Ponts de Bel Air, Château de Genève),  
Mur des Réformateurs (La Rome protestante, Parc des Bastions),  Cathédrale St-Pierre(Aperçu de la Vieille Ville),  Equipements sportifs des Vernets (Patinoire, Piscine, Vélodrome, etc),  Place de Sardaigne, Place du Marché (Eglise Ste-Croix, Vieux Carouge),  Stade de Genève

 

Les Guides des « Brigades Culturelles »

 

1)     se signalent au loin par leur tenue (éventuellement en mascotte de l’Euro) et sont prêts à tenter une expérience innovante

2)     sont polyglottes avec si possible des connaissances en portugais, tchèque et turc

3)     se recrutent parmi l’association des guides, les guides du patrimoine mais aussi les étudiants en histoire et histoire de l’art

4)     sont rémunérés à un tarif qui reste à déterminer

 

Facultatif : Les visiteurs remplissent un questionnaire à chaque étape et reçoivent une récompense en arrivant au Stade de Genève (Chocolat suisse ou autre ; le sponsor reste à trouver)

 

Ce projet a été soumis à l’Office du Tourisme et aux services de Marc Müller en charge de l’organisation de l’Euro 2008. Nous espérons vivement qu’il sera suivi d’effets. Merci de vos réactions et suggestions pour dépoussiérer le guidage à Genève !

 

Leïla el-Wakil,

Directrice « Patrimoine et  Tourisme »


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04/03/2008

Surélever: mais où et comment?

Les députés viennent de voter une loi acceptant d’une part d’ériger des immeubles plus hauts et d’autre part de surélever certains immeubles en Ville de Genève. Le chef du Département des Constructions et des technologies de l’information pavoise et tous les partenaires (Asloca et Patrimoine suisse) seraient contents. On renouerait ainsi peu ou prou avec la tradition genevoise de la surélévation liée aux refuges, lorsque la Genève d’Ancien Régime, embastionnée, ne pouvait imaginer s’accroître autrement qu’en hauteur. Sommes-nous aujourd’hui dans cette même urgence et tous les mètres carrés sont-ils bons à gagner ? C’est la question qu’il convient de se poser.

 

La ceinture fazyste de Genève, malgré les atteintes subies dans les années 1960’ -1970’ , les années du boom économique d’avant le premier krach pétrolier, qu’il est de bon ton de célébrer dans les instituts de Denkmalpflege des hautes écoles d’architecture, la ceinture fazyste, disais-je, qui a pris place sur les terrains libérés des anciennes fortifications, est un joyau dont les Genevois ne mesurent sans doute pas suffisamment le prix. Conçue selon le plan de Léopold Blotnitzki, un émule du Général Dufour, sa construction a été régie par des cahiers de charge rigoureux. On y précisait alors les alignements des façades, les gabarits minima et maxima, l’importance de la saillie des balcons, les matériaux, la pente des toits. Et chaque propriétaire obéissait aux consignes dans l’intérêt général de l’embellissement de cette ville nouvelle, calquée sur le Paris Haussmanien, qui venait prendre place sur le pourtour de la Haute Ville. Ainsi se sont élevés des rues et des boulevards remarquablement homogènes d’une architecture résidentielle élégante et simple, dont subsistent aujourd’hui encore un certain nombre d’exemples intacts.

 

La pression immobilière qui s’exerce à Genève n’est pas un phénomène si nouveau qu’on veut bien le dire et nombreux sont les immeubles de la ceinture fazyste à avoir déjà  payé leur tribut au phénomène. Au registre de l’occupation des combles on ne compte plus les toitures criblées de lucarnes dites de « régisseur » en batterie,  celles percées de petites lucarnes en verre et métal ou de grosses lucarnes en forme de fenêtres de thermes … Pour produire des logements aux qualités parfois discutables ! 

 

Pierre Bullet, architecte du Roy à la fin du XVIIe s., ne disait-il pas à propos des percements en toiture : "Il n'y a pas d'apparence que ceux qui connoissent la bonne Architecture, puissent approuver les lucarnes; car c'est une partie qui est hors d'oeuvre, & qui ne peut entrer dans la composition d'un bâtiment sans en gâter l'ordonnance, sur tout quand elles sont grandes & en nombre; car outre que cet ouvrage est au dessus de l'entablement, & par conséquent hors d'oeuvre,  il est contre la raison qu'il y ait des ouvertures considérables dans la couverture d'un bâtiment; & puisque cette couverture n'est faite que pour mettre la maison à couvert, & qu'il semble qu'il n'est pas raisonnable qu'il y ait des trous dans une couverture, outre ceux qui doivent donner de l'air & du jour dans les greniers, que l'on appelle oeils-de-boeuf et qui ne gâtent point la figure des toits. »

 

Plus délicat est encore l’exercice de la surélévation qui demande doigté et vraie compréhension de l’esprit du bâtiment sur lequel elle va prendre place. Le succès n’est pas toujours au rendez-vous ! Tandis que la surélévation type « refuge » consistait à rajouter des niveaux à colombages sans prétention,  les interventions contemporaines ont parfois rivalisé de singularité et de créativité. Surélévations architecturées en béton ou en bois, étages vitrés surmontant les maçonneries Napoléon III,  étages de cabinotiers à structure métallique,  verre et métal sur socle de pierre ; dialogue dans l’altérité au mieux,  discrépance parfois. Les réussites se comptent sur les doigts de la main.

 

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27/02/2008

Genevois et Chênois, ne dites plus "goulet"!

 

Sautera ou sautera pas le « goulet » de Chêne-Bougeries ? Des décennies de controverses à propos de cette partie de l’ancien noyau villageois indûment qualifié de « goulet », un terme hérité sans doute des sixties et de la toute-puissance automobile. Chaque resserrement des voiries alors considéré comme une entrave à la fluidité du trafic des voitures, sur lequel on misait gros. Autres temps, autres mœurs ! Les ingénieurs de la circulation s’évertuent de nos jours à inventer des chicanes en tous genres pour gêner le trafic.

 

Dans ces circonstances le terme de « goulet », pour désigner cette partie du vieux Chêne-Bougeries, est pour le moins vieilli ! Il serait plus correct de parler d’un village-rue dont subsiste deux lignes de maisons villageoises de part et d’autre de la rue de Chêne-Bougeries et une ligne de maison sur le chemin Pont-de-Ville. Perceptible sur les photographies aériennes et a fortiori in situ la valeur d’ensemble de ce « village dans la ville » s’impose d’emblée. L'aménagement de ce village-rue n'a jamais fait l'objet d'une étude historique approfondie; son développement urbain n'est guère connu qu'à travers la confrontation de quelques plans cadastraux. On ne peut exclure l'hypothèse d'une éventuelle planification au XVIIIe siècle qui aurait pu, sur un mode mineur, sous-tendre le développement de Chêne-Bougeries.

Des maisons en maçonnerie sur des socles en roche blanche, à arcs clavés presque plats dégageant des vastes vitrines,- une harmonisation des années 1860 -, se répondent de part et d’autre de la rue principale (traversée par le tramway électrique dès 1880) et forment à ce titre, au nom de la loi Blondel, ce qu’il est convenu d’appeler un ensemble du XIXe siècle ! Un univers villageois au cœur de la ville, univers qui n’aurait demandé qu’à être ripoliné, astiqué, valorisé pour ressembler aux rues carougeoises, desquelles il est contemporain.

 

Au lieu de cela des grands projets pour Chêne-Bougeries qui vont rendre orpheline la ligne de maisons méridionale, lui offrant pour vis-à-vis des immeubles modernes. La condamnation va-t-elle tomber sans appel pour sanctionner le prétendu goulet ? Les Chênois vont-ils sacrifier cet ensemble sur l’autel du trafic et de la densification. Foin alors des demi-mesures et voyons grand: ce n’est point un demi-« goulet » qui est à démolir mais un « goulet » tout entier.

 

 

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25/02/2008

L'Ours de Berne disparu

Enseigne de lOurs de Berne (Blavignac auctions)Le magasin « L’Ours de Berne » occupait depuis un siècle, en face de l’horloge fleurie venue s’implanter bien plus tard, un emplacement stratégique dans un bel immeuble de la fin des années 1850, à l’angle de la place Longemalle et du quai Général Guisan. Ouvert à l’occasion de l’Exposition Nationale de 1896, ce commerce de souvenirs genevois destiné aux touristes vendait des objets typiquement helvétiques: des coucous, des couteaux suisses, des broderies de St-Gall, des objets en bois sculptés de Brienz ...



L’établissement ayant fermé ses portes à la fin de l’année 2007, la collection particulière de l’établissement est passée aux enchères au début du mois de décembre dans la maison de ventes Gaudet et Ding. Le premier week-end de décembre 2007 on pouvait voir dans la véranda de la belle maison Sarasin, une demeure néo-classique des années 1830’, épargnée de justesse par l'érection de Palexpo, le mobilier et la collection particulière de l’Ours de Berne exposés pour y être vendus.



Irréel le spectacle de cette véranda emplie d'éléments de mobilier sculptés en bois dur dans la tradition de l'Oberland bernois, des objets perdus, en quête d'avenir, des ours de toutes tailles, beaucoup d'ours bruns parmi telle console à décor de chamois entourée d’un cadre de sarments et de feuilles de vigne ... ou tel guéridon entièrement sculpté, soit table de fumeur de Brienz représentant un paysan portant une hotte! Un ours debout de 28 cm d’une très belle facture classique de Brienz, un exceptionnel ours portant une carafe en cristal et argent avec 6 verres à liqueur, un ours en colère la gueule ouverte, un ours banneret portant le drapeau suisse, une exceptionnelle petite table avec un ours servant de pied central, une table de fumeur avec une tête d’ours servant de pot à tabac et sur le plateau un petit ours tenant des allumettes, une paire de fauteuils sculptés de Brienz avec un médaillon sculpté d’un ours sur le dossier et les pieds sculptés par deux oursons escaladant des branches. Enfin l'ours enseigne du magasin tenant une hallebarde et un bouclier et vendu en France pour 35.000 frs.

 


Sitôt la clef sous le paillasson, les dépouilles aux enchères! Parce qu'aucun dispositif à ce jour ne permet de sauvegarder des activités, même chevillées à l'histoire du lieu, pas plus que des commerces séculaires, comme l'était l'"Ours de Berne"! Un patrimoine genevois mis à l’encan alors qu’il eût pu intéresser les collections publiques. Une boutique de luxe de plus ouvrira prochainement ses portes à l'emplacement de l'ancien magasin de souvenirs au charme suranné.

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