03/05/2008

L'Egypte au Salon du Livre (Genève)

2036990479.pngL’Egypte au Salon du Livre (Genève)

L’Egypte, en tant que pays hôte d’honneur du Salon international du Livre et de la Presse de Genève 2008, occupe un important pavillon au cœur de la manifestation. On y trouve bien entendu les livres des principaux auteurs égyptiens (et pas seulement ceux de Alaa el Aswani) et on peut assister à des tables rondes qui touchent à différents sujets culturels, qui vont de la littérature aux arts visuels. Un quintet de l’orchestre de l’Opéra du Caire joue de la musique classique arabe et donne au public genevois une idée de cette forme musicale particulière, née dans la première moitié du XXe siècle. Ces différentes manifestations, accompagnées des expositions dévolues à l’art pharaonique, à l’architecture khédiviale et royale, de la projection du Culturama (diaporama de l’évolution de la civilisation égyptienne) donnent un très large aperçu de l’immémoriale histoire culturelle égyptienne à un public nombreux et intéressé.

J’ai eu le plaisir de modérer hier une table ronde consacrée à Cent d’art en Egypte, une intéressante occasion de se décentrer d’un réel nombrilisme occidental. Trois figures de l’art égyptien contemporain ont pris la parole pour évoquer les grands moments artistiques du XXe siècle : l’artiste peintre Nazli Madkour, le sculpteur et peintre Adam Henein et le critique d’art, Ahmed Selim Fouad.

Nazli Madkour, économiste de formation et artiste-peintre autodidacte, est aujourd’hui renommée aussi bien en Orient qu’en Occident. Ses tableaux, des paysages figuratifs ou expressionnistes lyriques, sont accrochés aux cimaises des musées du monde entier. Elle est l’auteur du livre sur les femmes artistes en Egypte, Women and Art in Egypt 1993 (1989). 

Ahmed Fouad Selim a joué un rôle de première importance dans la scène culturelle égyptienne de la fin du XXe siècle. Créateur notamment du Théâtre expérimental des Cent sièges (1968-1973), directeur du Centre d’art contemporain de Zamalek, rebaptisé Les Galeries d’Akhenaton, puis directeur du Musée d’art moderne égyptien, Ahmed Fouad Selim a organisé un nombre impressionnant d’expositions en Egypte et à l’étranger dès les années soixante, dont les biennales internationales du Caire (1998 à 2006). Il a aussi publié un Dictionnaire des artistes célèbres d’Egypte.

Adam Henein, sculpteur, mais aussi peintre et dessinateur égyptien de renom international, qui vient de faire l’objet d’une importante monographie (Adam Heinen, E. Al Kharrat, M. Gibson, Ismaïl, Skira, 2006), est à l’origine de la renaissance de la sculpture sur pierre en Egypte. Diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts de Zamalek, Adam Henein reçoit une bourse pour étudier les peintures des tombes pharaoniques à Thèbes. En 1965 il décide de s’établir à Paris, où il restera jusque dans les années 90, ce qui contribue à sa renommée internationale. De retour en Egypte, il s’installe à Harraneyya, à côté du fameux centre d’artisanat Wissa Wassef. Sa collection de sculptures, des œuvres figuratives stylisées, à mi-chemin entre Mahmoud Mokhtar et Brancusi, habitent le jardin de sa propriété. A Assouan Adam Henein a créé à la fin des années 90 le Symposium international de sculpture sur granit, qui se déroule annuellement. Des artistes du monde entier sont invités à sculpter sur place l’exceptionnel granit d’Assouan.

Tous trois ont retracé le XXe siècle artistique égyptien, dans des survols qui nous ont donné un aperçu de la richesse du champ artistique contemporain. Si les arts visuels de cette époque, entre protectorat et indépendance, attendent encore une vraie approche historique, le champ de l’architecture a par contre bénéficié des très sérieuses recherches de la Française, Mercedes Volait, et des Egyptiens, Mohamed Awad et Zahi Hawas.

Dans ce contexte l’architecture khédiviale et royale égyptienne, une vraie architecture cosmopolite, fait l’objet d’une exposition organisée par l’Université de Genève (Unité d’histoire de l’art), dans le cadre du pavillon égyptien. On peut y voir quelques unes de ces productions d’une richesse inouïe, qui font du Caire, dans les quartiers de Wast el Balad (centre ville), Zamalek, Garden City, Maadi et Héliopolis, une ville comparable aux capitales européennes qu’étaient Paris ou Londres au même moment.

13:53 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : beaux-arts, architecture, egypte | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

18/04/2008

Pionnier égyptien du développement durable: l'architecte Hassan Fathy

500457809.JPGPionnier égyptien du développement durable, Hassan Fathy (1900-1989) a été célébré dans le monde entier de son vivant. Persuadé qu'il fallait offrir au peuple égyptien des maisons bon marché et adaptées au climat, faites dans la technologie traditionnelle de la brique crue (tub il ahdar), il construisit dès la fin des années 1940' un village situé sur la rive ouest de Louxor, le Nouveau Gourna. Ce village-modèle de terre aux lignes d'une grande modernité ne fut jamais achevé; une vingtaine d'années plus tard Hassan Fathy publia le récit de cette expérience dans un ouvrage qui fit le tour de la planète et fut traduit dans plusieurs langues. Le titre français de cet ouvrage est Construire avec le peuple (1971).

Fathy fait état de la nécessité de revenir aux matériaux traditionnels pour des raisons économiques et climatiques; il explique sa redécouverte de la technologie de la terre crue, décrit comment il implique les Gournis dans le dessin de ce nouveau village selon les usages de leurs tribus et à leurs mesures, comment il leur apprend avec l'aide de maîtres-maçons nubiens la fabrication et la mise en oeuvre des briques séchées au soleil. Parce que "si un homme ne peut pas construire seul une maison, dix hommes ensemble peuvent faire dix maisons".

Le village devait donner de la dignité à ses habitants. Il devait être le lieu de la résurgence des savoir-faire artisanaux traditionnels, dont la vente pouvait procurer des revenus supplémentaires. Les enfants disposaient d'une grande et belle école. Il y avait même un théâtre pour les représentations de spectacles à but pédagogique et une aire de jeux pour les divertissements folkloriques. Un marché pour les produits artisanaux sur la place centrale et un marché pour les denrées agricoles près de l'entrée principale constituaient les deux pôles économiques du village. Chaque maison était spacieuse, clairement organisée, et propre à héberger le bétail de chacune des familles.

De toutes ces dispositions, si pleines de mérite et si avant-gardistes du point de vue écologique, il ne reste que lambeaux. Certes la mosquée, restaurée, se dresse toujours sur la place centrale, accompagnée, non loin de là, du bâtiment du théâtre, qui a aussi fait l'objet de soins. Le khan des produits artisanaux et les halles du marché aux bestiaux menacent ruine, de même que plusieurs maisons. L'école des garçons, parmi d'autres bâtiments, a été détruite.

Les développements récents de Louxor et le manque de protection de ce patrimoine, aussi fragile qu'emblématique, ont suscité l'émotion de nombreux architectes et scientifiques; une association internationale s'est créée en février 2008 à Genève sous le nom SAVE THE HERITAGE OF HASSAN FATHY (voir http://fathyheritage.over-blog.com). L'adhésion des spécialistes internationaux de l'architecture de terre, le soutien de nombreuses personalités internationales et égyptiennes donnent à espérer que Nouveau Gourna pourra être préservé et restauré pour continuer de témoigner d'une éthique sans faille et d'une pensée architecturale juste.  

22:57 Publié dans Archi | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : développement durable, architecture, egypte | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook