21/02/2016

MAH Fiction: le 29 février du Non

La querelle du MAH a pris une tournure homérique. Mais les Ulysse locaux n'ont pas su nous emmener en voyage ... Pas davantage que les Circé et les Calypso ... Rien qui n'incite au rêve, ni au dépaysement, ni au décentrement. Et ce n'est pas faute de moyens, de vidéo-simulations et d'"after" ... mais, à force d'en faire tant et trop, leur nef n'a jamais pris le large. Elle s'est embourbée sans grâce et sans esprit dans un sillon glaiseux.

ulysse-calypso.jpg

Ulysse et Calipso, Arnold Böcklin

Les semaines précédent le scrutin ont été émaillées d'offensives quotidiennes à l'arme légère ou avec balistique lourde. Les élites politiques et leur garde rapprochée ont consacré une énergie et un temps inouïs (c'était somme toute disproportionné et c'était avec de l'argent public!) en escarmouches et estocades de toutes sortes. Le président du Conseil d'état est même descendu personnellement dans l'arène municipale, chose jamais vue. Un certain establishment a défendu envers et contre tous un projet contre lequel la population genevoise s'était déjà mobilisée par un référendum largement soutenu. Il faudra du temps et des investigations pour comprendre tous les tenants et tous les aboutissants du projet officiel.

Lire la suite

01:52 Publié dans Archi, Genève, Patri | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : mah, musée d'art et d'histoire, genève | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

12/05/2015

MAH-: NON au "projet Nouvel" pour le Musée d'Art et d'Histoire

COMMUNIQUE DE PRESSE

MAH plénière (59).JPG

MAH- Non au « Projet Jean Nouvel » pour le Musée d’Art et d’Histoire de Genève

Rassemblant des opposants de différents horizons culturels et politiques au "projet Jean Nouvel" pour le Musée d’Art et d’Histoire de Genève,

les administrateurs de la page Facebook MAH- https://www.facebook.com/agrandissementMAHnon
et du site Mahmoins http://mahmoins.simplesite.com/

entendent faire valoir des arguments en faveur de la restauration dans les règles de l’art du Musée d’Art et d’Histoire de Genève et prendre le contrepied d’une propagande sans limite propagée par tous les canaux et organes officiels et inofficiels.

Construit par Marc Camoletti, l’un de nos meilleurs architectes genevois du début du XXe siècle, le Musée d’Art et d’Histoire est un monument majeur du patrimoine genevois et national qui aurait dû figurer sur la liste des monuments classés depuis longtemps.

Contrairement à ce qu’assènent les partisans de ce projet, vieux de dix-sept ans, la coûteuse transformation qu’on entend lui faire subir, sous le label de « projet Nouvel », va, en occupant la cour, en disqualifier la distribution, la subtilité de l’éclairage et la respiration de l’architecture sans pour autant augmenter sensiblement les surfaces à disposition des actuelles collections. Il est par ailleurs déplacé d’invoquer ici quelque principe de réversibilité que ce soit, s’agissant d’un projet devisé à quelques 140 M° de frs. Enfin le Partenariat Public/Privé mis sur pied avec la Fondation Gandur revient à une inacceptable privatisation d’un patrimoine public.

Alarmé de façon plus générale par la désinvolture avec laquelle nos élus et nos représentants dans la Commission des Monuments, de la Nature et des Sites considèrent le patrimoine architectural auquel les Genevois sont attachés et gèrent son destin, MAH- entend marquer sa désapprobation à l’égard de projets outranciers et vulgaires qui dénaturent les monuments et le paysage urbain genevois.

MAH- Genève, le 12 mai 2015.

03/11/2014

Charles Galland, la suite.

Cher Monsieur Pulfer, mon articulet est un brûlot. En effet. Parce que tous les arguments censés ont déjà été employés. En pure perte. Si la liberté d’expression est encore possible, dans une République consensuelle et timorée qui a des relents de ploutocratie, ce pamphlet a pour but de réveiller le public, de contrer les marchands de rêve et leurs images d’architecture sur papier glacé … Et ce, tandis que le rouleau compresseur des partisans d’un projet architectural, qui met à mal un monument emblématique du patrimoine genevois, fait un forcing lourd et aveugle qui n’est pas sans évoquer l’aéroport de Notre-Dame des Landes,  le barrage de Sivens …

 

Ravie que vous ayez pris de l’intérêt à lire ma thèse consacrée à un petit pan de l’architecture genevoise. Vous aurez peut-être aussi parcouru toutes mes autres publications scientifiques sur Genève et celles de mes nombreux collègues et des étudiants du Département d’Histoire de l’art et de musicologie de l’Université de Genève, qui depuis une trentaine d’années documentent, éclairent, expliquent et sortent de l’oubli le patrimoine architectural genevois, au demeurant fort riche et intéressant. Sans toutefois que les conclusions de conservation et de revalorisation, qui partout ailleurs s’imposeraient, ne soient prises. Qui pour défendre et chérir ces bâtiments qui sont les vôtres et que vous appréciez tant dans les livres? L’Office du patrimoine de l’Etat n’a jamais reçu les moyens qu’il mérite et qu’il semblerait si naturel de lui donner dans une Ville de Culture (sic le Routard) et il ne fait pas le poids face aux assauts des affairistes.

 

Vous souhaitez que je parle d’architecture, comme s’il n’avait pas déjà tant été question de toutes les belles qualités du Musée d’Art et d’Histoire de Marc Camoletti. Mais comme certains s’ingénient à dénigrer l’édifice, je m’exécute bien volontiers. D’autant plus volontiers que le projet de réhabilitation du MAH avait été l’objet de mon diplôme en architecture. Je me rappelle encore combien mes maîtres de l’époque (Raymond Reverdin, Italo Insolera) m’avaient mise en garde sur les profils des moulures et autres détails du décor intérieur qu’il s’agissait de conserver à tout prix …

 

Doté d’une façade qui déroule sa colonnade colossale ionique de part et d’autre de la porte d’entrée monumentale, surmontée de l’allégorie des Arts et de la Renommée de Paul Amlehn, l’imposant quadrilatère a été conçu dans la plus internationale tradition Beaux-Arts du temps : ce sont le Petit et le Grand Palais parisiens qui sont convoqués ici. L’édifice marquera la Genève du début du XXe siècle, tout comme les deux palais de l’Exposition Universelle de 1900 ont marqué la Ville Lumière.

 

Organisées autour d’un patio quadrangulaire en jardin, les grandes galeries du rez-de-chaussée, qui étaient toutes dotées d’un décor ornemental devenu ténu aujourd’hui (et d’un mobilier exceptionnel complètement disparu), sont éclairées a giorno par d’immenses baies en plein cintre. Celles de l’étage reçoivent un éclairage zénithal diffusé par les impressionnantes verrières, qui obéissaient aux progrès les plus avancés de la technologie muséale. De plus petits cabinets prennent jour du côté du patio.

 

Pièce de résistance de l’intérieur de l’édifice, le grand escalier déroule ses deux immenses volées opposées, du palier inférieur au palier supérieur, en passant par l’intermède d’un palier médian, lequel dessert des cabinets en mezzanine. Baigné dans la lumière provenant des grandes baies tournées vers le patio, cet escalier, comme on n’en fait plus, propose ainsi une lente promenade architecturale, comme un rituel initiatique destiné à conditionner le visiteur. Par l’emphase de cette distribution et son implantation en façade permettant un généreux éclairage naturel, l’architecte indiquait clairement le programme d’exception. Ce faisant, Camoletti offrait à Genève tout ce dont elle avait manqué pendant tant de siècles : de la pompe ostensible et de l’emphase pour un temple des arts prenant place dans le contexte de l’extension de la ville sur le périmètre de ses anciennes fortifications.

 

Tandis que la chute d’un rivet au Grand Palais de Paris en 1993 amorçait le classement complet de l’édifice au titre de Monument Historique et marquait corollairement le début d’une entreprise de restauration complète de l’édifice, la chute d’un morceau de corniche en 2007 au Musée d’Art et d’Histoire de Genève survenait en plein processus d’une transformation contestée. Faisant preuve d’un provincialisme désolant les autorités genevoises campant obstinément sur des positions aussi incompréhensibles qu’anachroniques s’entêtent à vouloir surélever le bâtiment et obstruer son patio, c’est-à-dire à la priver de ses principales qualités urbanistiques et architecturales.