17/12/2008

Le quart monde de l'Université de Genève

Deux étudiantes en Lettres de l'Université de Genève, Jennifer Burkard et Jessica Mastrototaro, ont convoqué une hier une conférence de presse pour déplorer les conditions de travail qui sont les leurs à Genève. L'incendie de l'ancienne Ecole de chimie a encore dégradé des conditions de travail qui étaient déjà précaires jusque là. Plusieurs étudiants et un grand nombre d'enseignants d'allemande, d'anglais, d'italien, d'espagnol, de musicologie et d'histoire de l'art, ainsi que des bibliothécaires étaient présents pour témoigner leur solidarité et dire le triste sort réservé à la Faculté des Lettres, parente pauvre de l'Université.

Quelle réponse pour l'heure à ces justes doléances? Le "Grand projet" pour la Faculté des Lettres (un impossible Grand Louvre de l'UNIGE), repoussé d'année en année. Ce Grand Projet prévoit le remaniement du bâtiment des Bastions et de l'Ecole de Chimie. Il suscite à juste titre la réticence de la Commission des Monuments et des Sites, puisque le parti choisi (cette forme d'iconoclasme n'arrive décidemment qu'à Genève!) crève largement le toit du bâtiment des Bastions pour y placer la "Grande bibliothèque" de la Faculté des Lettres! Le sort de l'ancienne Ecole de Chimie est donc étroitement lié à celui de l'Université de Carl Vogt qu'on se propose de reprofiler (et c'est un euphémisme), sans doute pour fêter dignement son 450e! 

La directrice de l'Office des Bâtiments de l'Etat de Genève répète avec obstination qu'il n'est pas question d'engager des travaux de remise en état à l'Ecole de Chimie avant que le Grand Projet ne soit adopté. Chère Madame Prini Saggio, votre obstination est de mauvais aloi! Il vous faudra bien délier les cordons de la bourse pour assurer cet entretien minimum réclamé par les étudiants et les enseignants pour assurer un tant soit peu de confort et de sécurité! Il y a trop longtemps que la Faculté des Lettres est le quart monde de l'Université de Genève.

http://www.tdg.ch/geneve/actu/ne-veulent-uni-ruine-2008-12-16

03/11/2008

En marge de la nouvelle loi sur l'Université

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C130-10103.html

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Le peuple est appelé à se prononcer le 30 novembre sur la nouvelle Loi sur l’Université, une loi qui doit en substance donner plus d’autonomie à l’institution universitaire. Si le peuple est appelé à voter, c’est suite à un référendum initié par les étudiants au lendemain de l’adoption de ladite loi par le Grand Conseil, à la veille de la pause estivale. Un numéro hors série de la revue Courants, organe de la CUAE (voir lien ci-dessus) expose clairement les craintes estudiantines.

 

Les étudiants sont inquiets, et on les comprend, quant au peu de garanties données en matière de taxes universitaires, plafonnées jusqu’à présent à 500 frs par semestre. Ils craignent que l’Université de Genève ne perde le caractère démocratique qui est le sien pour s’aligner sur les modèles prestigieux d’Outre-Atlantique. Les taxes déjà perçues à l’Institut des Hautes études internationales et du Développement (3.000 frs pour un étudiant suisse par semestre et 5.000 frs pour un étudiant étranger) donnent un aperçu de ce que pourrait devenir demain l’ensemble de l’Université.

 

Les dispositions financières de la nouvelle loi, qui prévoit aussi de déplafonner les salaires des professeurs pour attirer les « grosses pointures », a pour prétention essentielle de permettre à l’Université de Genève de s’aligner au niveau des meilleures universités mondiales et de briller dans d’improbables rankings dont les critères mesurables sont plus de l’ordre du quantitatif que du qualitatif (lequel, il faut bien le dire, ne se mesure pas bien !). Et pour cela tous les moyens du monde ultra-libéral (à la chute duquel nous sommes probablement en train d’assister impuissants) sont bons.

 

L’excellence du monde universitaire serait à ce prix. Cette excellence de tous les superlatifs (à l’image de l’arrogance contemporaine), qui fait florès dans chaque argumentaire, qui surgit au détour de chaque discours officiel, cette excellence serait donc aliénée à l’argent ! Triste vérité qui nous rend nostalgiques de l’Université de papa, celle qui était la maison de tous les savoirs et où l’on aspirait à des valeurs platoniciennes, le Vrai, le Beau et le Bon. Cette université-là a eu ses savants et ses intellectuels (de Saussure, Piaget, Jeanne Hersch, Starobinski, …) plus adonnés à leur science qu’aucun universitaire aujourd’hui. Car l’étude, en nos temps incertains, est sacrifiée au réseautage,  aux lourdeurs administratives, aux montages de dossiers pour décrocher de gros contrats de recherches et des mandats privés. Et ce n’est pas la nouvelle loi qui arrangera quoi que ce soit.

 

Alors le quidam qui va voter le 30 novembre sur la Nouvelle Loi de l’Université doit prendre le temps de réfléchir deux fois à la question. Va-t-il vraiment donner son blanc seing à une plus grande autonomie de l’Université ? Va-t-il entériner la libéralisation de l’institution au moment même où le monde subit de plein fouet la sévère débâcle d’un excès de libéralisme ?   

 

23:55 Publié dans Uni | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : loi, université, autonomie, libéralisation, prochaines votations | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

31/05/2008

Le plus ancien amphithéâtre de Genève

L'ancienne école de Chimie, rebaptisée Bâtiment des Philosophes, du nom du boulevard qu'elle borde et depuis que les littéraires de l'Université de Genève s'y  sont installés, conserve encore son grand amphithéâtre d'origine. Cette importante pièce de la maison est toujours en usage pour les cours magistraux. Récemment elle a abrité la leçon d'adieu du professeur Mauro Natale, pleine à craquer pour la circonstance de tout ce que Genève compte d'historiens de l'art  et de gens de musées de place, désireux de rendre hommage à la tradition savante du connoisseurship, devenue genevoise depuis le professorat de Marcel Roethlisberger et poursuivie par notre jeune et brillant collègue, Frédéric Elsig.

Usé par plus d'un siècle de services ininterrompus, l'amphi de bois sombre craque de toutes ses jointures et trahit tant le retardataire qui essaie de s'installer en catimini que l'auditeur pressé de s'esquiver avant l'heure. L'entretien de la salle, comme l'entretien du bâtiment tout entier, laisse à désirer, même si l'on vient d'équiper le lieu des moyens de projection modernes (beamer, DVD, etc.), en principe au service des enseignants, à moins que ce ne soit le contraire! La technologie des éclairages et de l'obscurcissement de la salle, commandée par un tableau de bord digne d'un paquebot d'après-guerre, aux multiples et énigmatiques boutons et manettes, ne révèle au commandant ses secrets qu'après un long et patient apprentissage.

Le grand amphithéâtre est accessible depuis l'imposant palier supérieur de l'escalier d'honneur du bâtiment, garni de colonnes et de balustrades et décoré de faux marbres. Une porte monumentale s'ouvre sur deux petits escaliers latéraux jumeaux, qui dissimulent la vue de la salle et qu'il faut d'abord gravir, avant de parvenir aux gradins qui s'échelonnent rapidement et desservent les longs bancs à placet mobile qui hébergent, plus ou moins comfortablement, les postérieurs des ouailles. Le professeur est debout dans la fosse derrière un pupitre apocryphe muni d'un micro moderne.

Malgré ses imperfections actuelles, liées à son grand âge, le grand amphi alias Phil I est une salle dont il faut assurer la sauvegarde. Il s'agit en effet du plus ancien amphithéâtre universitaire genevois encore conservé dans un état qui est pratiquement celui d'origine, ce qui lui confère indiscutablement une valeur historique au sens riegelien du terme. L'auguste lieu a de plus conservé son usage, et, moyennant une restauration intelligente et sensible, nul doute qu'il puisse continuer d'offrir de bons et loyaux services aux générations à venir ... et même de rivaliser par son cachet remis en valeur avec les amphis de dernière génération d'UniDufour et d'UniMail.    

 

 

 

 

14:25 Publié dans Patri | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : patrimoine, université, amphithéâtre | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook