Halte (13/08/2021)

Lorsqu’on compose un numéro d’urgence comme le 117, on s’attend à voir surgir immédiatement les secours. Comment expliquer que lorsque qu’on parle d’«urgence climatique», rien ne se passe ou si peu. Des réunions d’experts, des conférences, des palabres, des injonctions, des conclusions … suivies de déclarations d’intention et si peu de résultats tangibles. Sans faire ici état des négationnistes. Faut-il imputer cette paralysie à une tétanie due à l’affolement ? Ou plutôt à une philosophie d’ « après moi de déluge » ! Sauf que le déluge, l’incendie, les tempêtes apocalyptiques, c’est pour « moi », pour « nous », pour « vous », maintenant.

Comment répondre à une urgence ? Par des mesures immédiates : un arrêt brusque, un stop, un changement radical de cap. Or, on n’a fait qu’éluder, depuis le Club de Rome, en se donnant du temps et en échelonnant les mesures à prendre, quand on les prend, comme si on avait l’éternité pour agir. On a euphémisé la crise avec un vocabulaire lénifiant. On parle de transition alors qu’il faut se retrousser les manches pour une révolution.

Dans ce contexte de crise, Genève proclame sa « mue » tout en continuant sur une lancée initiée par l’ancien conseiller d’Etat PLR Marc Muller, lequel, fort de son expérience politique et professionnelle, vient de publier un copieux « Droit de la construction » pour faciliter le travail déjà infiniment simple et encouragé, plus encore qu’à l’âge des Trente Glorieuses, des promoteurs immobiliers. On s’enferre dans ce qui n’est pas même une impasse, mais une fausse route, pavée de mauvaises intentions, pas durables du tout. Des paroles creuses bâties sur des hypothèses erronées. Construire pour des frontaliers qui renonceraient à la voiture en quittant maison et jardin de France voisine pour venir s’établir, plutôt s’entasser, dans l’inabordable Genève gentrifiée, et rejoindraient sur des pistes ad hoc les cohortes de trottinettes et vélos électriques. Une vue de l’esprit ! On eût pu plus facilement (faire) développer à travers le Grand Genève un système de transports en commun mobiles, autres que le Léman Express sur la ligne duquel chacun ne se trouve pas.

Cette politique de densification de la ville, déjà auparavant la plus dense de Suisse, encourage dans les faits l’afflux d’étrangers qui ne sont pas précisément des frontaliers, lesquels dans leur grande sagesse, continuent de préférer demeurer de l’autre côté de la frontière, mais de nouveaux résidents suffisamment aisés à la recherche de placements sûrs en Suisse et qui achètent sur plans l’objet de leur déconvenue à venir.

Depuis l’adoption du Plan Directeur Cantonal 2030 au pire moment, en juin 2013, alors que le GIEC avait déjà rendu maints rapports alarmants, la population assiste impuissante à l’emballement d’une machine infernale, un mouvement perpétuel de destructions et de reconstructions, prises en charge par des entreprises de travaux publics et leurs sous-traitants de sous-traitants. Dans les faits un spectacle du XXIe siècle, digne d’un Piranèse dans ce que ses Carceri avaient de pire, les bruits de chaînes remplacés par ceux des camions bringuebalants et leur cargaison de béton ! Quelles qu’aient pu être les oppositions en cascade, les procédures judiciaires en pagaille, les recours innombrables à tous les échelons de la justice et jusqu’au Tribunal Fédéral, quoi qu’il en ait coûté aux parties recourantes, inexorablement, au prétexte du logement, la scandaleuse mue obsolète a continué d’éventrer Genève, d’arracher ses arbres, de décimer sa faune et de désespérer ses habitants. 

De tous ses homologues helvétiques le département du territoire est celui qui a semé la plus grande discorde et le plus grand désordre aux profits des mêmes. Or on sait que le bâtiment produit 40% des gaz à effet de serre au niveau mondial.

C’est Halte maintenant, tout de suite !  

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